jeudi 20 juin 2024
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Les questions institutionnelles pour 2024

Les questions institutionnelles pour 2024

L’année 20 23 a été riche au niveau institutionnel. Comme tous les quatre ans, le processus électoral fut intense : il y eut d’abord les élections à la tête des sociétés de courses, puis celles chez les socioprofessionnels et enfin celles pour la présidence des société-mères. Et comme à chaque fois, toutes nous ont réservé leur lot de surprises. 

En l’absence d’élection, 2024 vous semble moins riche que 2023 ? Pas du tout ! Les sujets brûlants ne manquent pas et ils vont accaparer les hommes et les femmes élus pour diriger l’Institution. Les dossiers brûlants sont nombreux. Et il faudra être d’attaque dans les mois à venir pour défendre “bec et ongles” la mission que les électeurs leur ont confiée…

Comment va fonctionner France Galop ? Comment changer l’image des courses ? Quel visage pour le futur Auteuil ? Comment redynamiser le propriétariat ? La FDJ va-t-elle sortir du bois ? Quelle stratégie pour le PMU ? Les courses vont-elles (enfin) gagner le combat de la T.V.A. ? Les régions seront-elles plus écoutées ? Le défi de l’emploi est-il prêt à être relevé ? Nous vous apportons des éléments de compréhension dans les pages suivantes.

Comment France Galop va-t-elle fonctionner ?

C’est LA grande question de 2024 d’un point de vue institutionnel : le tandem Rothschild/Delloye parti, comment France Galop va-t-elle fonctionner ? À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucun directeur général n’a été nommé. Mais la situation devrait rapidement évoluer, les sujets sur la table étant nombreux. D’autant que le “projet Saint-Seine” est ambitieux, avec la volonté de faire entrer davantage les courses dans le XXIe siècle. Sachant que Guillaume de Saint-Seine, resté salarié de Natixis, sera dans l’incapacité de consacrer 100 % de son temps à France Galop (il l’avait annoncé lors de la campagne). On devrait donc avoir un directeur général aux pouvoirs (sans doute) étendus, c’est-à-dire une personne sur laquelle le président pourra s’appuyer. Ce type de fonctionnement avait fonctionné du temps de Jean-Luc Lagardère. Un peu moins lors de la deuxième mandature d’Édouard de Rothschild. Et cela lui avait même coûté la victoire en 2011. Alors peut-être plus que la question “comment France Galop va-t-elle fonctionner ? “, c’est la suivante qu’il convient de se poser : “Cela fonctionnera-t-il ? “. Premier élément de réponse d’ici la fin de l’année.

Quel visage pour le futur Auteuil ?

Durant la campagne, s’il y a bien un sujet sur lequel Jacques Détré et Guillaume de Saint-Seine n’étaient pas sur la même longueur d’onde… c’est celui d’Auteuil. Tous deux étaient d’accord pour dire qu’il est urgent de rénover le temple de l’obstacle mais, sur la façon de procéder, leur avis différait. Le second, devenu président depuis, estimait à l’époque qu’il fallait impérativement que ces travaux (de l’ordre de 40 millions d’euros) soient menés en concertation avec la mairie de Paris. En ce sens, mieux insérer l’hippodrome dans le XVIe arrondissement et les villes voisines pour en faire un lieu de vie, 365 jours par an. D’ici au milieu de l’année, nous en saurons un peu plus sur le nouvel Auteuil. Il ne faudra pas se rater car si les courses sont de moins en moins populaires à Paris, un Auteuil plus vert, davantage adapté aux familles, et qui donne envie – surtout aux Parisiens – de s’y déplacer pourrait changer la manière dont ces derniers perçoivent l’obstacle et, plus largement, les courses. Le challenge est immense.

Comment redynamiser le propriétariat ?

La crise qui touche le propriétariat est profonde. De grandes casaques ont cessé leur activité ces dernières années. D’autres moins connues ont aussi disparu en silence. Les raisons sont diverses et chacun a son avis sur la question. En 2024, l’heure ne sera plus au constat, mais bien à tout faire pour que cette tendance finisse par s’inverser. Consciente de l’urgence, France Galop, en 2023, avait missionné Franck Walter à ce sujet. De son plan sont sorties plusieurs recommandations dont certaines ont déjà été mises en œuvre. Les plus importantes – celles qui nécessitent le plus de budget – devront être validées en instance au cours des prochaines semaines. Les initiatives entreprises ces dernières années ne sont pas parvenues à inverser la tendance (qui est mondiale). Espérons que les recommandations de Franck Walter fassent mouche en France.

Par Adeline Gombaud

ag@jourdegalop.com

Par Anne-Louise Echevin

ale@jourdegalop.com

Par Guillaume Boutillon

gb@jourdegalop.com

La FDJ va-t-elle sortir du bois ?

Depuis 2010 et l’ouverture à la concurrence sur l’online, jamais une telle secousse ne s’était produite. Il faut dire que l’arrivée de la Française des Jeux dans les courses avait quand même de quoi surprendre. Cela fait maintenant quasiment quatre mois que la FDJ a finalisé le rachat de ZEturf pour 175 millions d’euros et depuis… rien ! On sait bien qu’en rachetant le groupe d’Emmanuel de Rohan Chabot, c’était l’occasion pour la FDJ de s’emparer aussi des paris sportifs de l’opérateur, mais on l’attendait tout de même plus “offensive” sur le volet courses. Certains voient en la FDJ un concurrent, d’autres un partenaire sur lequel il faut s’appuyer. Pour l’instant, il faut dire que tout cela reste flou. Cette année 2024 permettrait d’y voir clair sur les intentions de l’entreprise dirigée par Stéphane Pallez.

Quelle stratégie pour le PMU ?

L’année 2023 aura permis de constater que le PMU avait évolué. Et dans le bon sens puisque l’opérateur semble à nouveau convaincu que le marché du pari est un marché d’offre ! La “stratégie Linette” est derrière nous et l’opérateur historique – comme en témoignent ses dernières annonces – est désormais en mode “conquête”. Le nombre de parieurs ayant fondu ces dernières années, un nouveau virage s’imposait. Reste désormais à savoir comment le PMU va poursuivre sa mue et de quelle marge de manœuvre (financière) il disposera, Cyril Linette ayant déjà drastiquement réduit les charges. Il est encore tôt pour juger le nouveau Quinté Max. Mais sans prendre trop de risque, on peut déjà dire que le Big5 ne fait pas totalement l’unanimité… Les masses à 20.000 € lors de plusieurs samedis en témoignent (malheureusement). À l’inverse, il y a des raisons d’y croire et le Super 4 est sans doute la meilleure innovation en matière de jeux de ces dernières années. Certes, le produit s’adresse à un public de connaisseurs, mais il répond totalement aux attentes des parieurs.

Les courses vont-elles (enfin) gagner le combat de la T.V.A. ?

L’équitation l’a fait, alors pourquoi pas les courses ? Fin 2023, la Fédération française d’équitation a réussi à inscrire dans le Projet de loi de finances 2024 un amendement pour rétablir un taux de T.V.A. sur les activités des centres équestres à 5,5 %. Ce dont rêve la filière courses. En 2023, sous la houlette de Loïc Malivet, notre filière a déjà réussi à obtenir une avancée majeure pour l’élevage. Mais les courses veulent aller plus loin, avec un taux réduit pour les chevaux d’élevage (ventes et pensions) jusqu’à leur entrée à l’entraînement, et baisser le taux de T.V.A. pour les sujets à l’entraînement. Pour 2024, c’est compromis. Mais il y a des raisons d’y croire pour 2025. C’est donc au second semestre 2024 que tout se jouera.

Les régions seront-elles plus écoutées ?

Depuis le 12 décembre et l’élection de Guillaume de Saint-Seine, un nouveau poste a vu le jour : celui de vice-président en charge des régions. Il s’agissait là de l’une des promesses de campagne. Dans son discours, le futur président avait d’ailleurs insisté sur la triple composition du Comité : cooptés, sociopros et régionaux. Le rôle est revenu à Philippe Bouchara, présent au Comité en tant président du Conseil régional du Centre-Est. Il y a beaucoup d’attentes autour de celui qui est par ailleurs président de la Société des courses de Vichy. L’épisode de la suppression des 150 courses en 2023 dans le cadre de la réduction de l’offre est resté en travers de la gorge de certains en région. L’image de France Galop y est sérieusement écornée depuis. Davantage que celle du Trot d’ailleurs.

Le défi de l’emploi est-il prêt à être relevé ?

En 2021, lors de son arrivée à la tête de l’Afasec, Guillaume Herrnberger annonçait : « L’emploi doit devenir la grande cause nationale des courses hippiques pour les dix années à venir ». Cette déclaration s’est traduite par des actes très concrets, qui ont permis d’améliorer la tendance, même si le manque de personnel reste une préoccupation constante dans le quotidien des professionnels. La courbe s’est enfin inversée : en septembre 2023, pour la première fois depuis dix ans, le nombre d’élèves inscrits à l’Afasec a progressé. C’est le fruit d’un effort collectif, pour mieux faire connaître les métiers des courses et de l’élevage, avec des initiatives comme les jobs datings, la racing job mobile (un camion qui permet de sillonner la France pour faire découvrir au plus grand nombre les métiers et les formations de la filière), la masterclass jockey… L’autre aspect sur lequel la filière doit progresser, c’est la rétention de ses salariés. Le turnover est encore bien supérieur à la moyenne nationale. Là aussi, une prise de conscience a eu lieu, et la création du label EquuRES bien-être au travail en est l’une des illustrations. Pour attirer et fidéliser, les entreprises de la filière courses et élevage n’ont d’autre choix que de s’adapter aux attentes de la génération Z, pour qui l’équilibre vie pro/vie perso revêt une importance capitale… Pas facile de le concilier avec les exigences d’un métier en relation avec des êtres vivants, et avec un calendrier des courses toujours plus chargé. Quel modèle est-il susceptible de convenir à la fois aux employeurs et aux salariés ? Sûrement celui qui intégrera plus de flexibilité, plus de perspectives d’évolution, plus de bienveillance managériale… La filière est sur la bonne voie, mais la route est encore longue.

Comment changer l’image des courses ?

L’image des courses est un défi aux multiples facettes. La première est de leur… donner une image, donc une visibilité que nous avons perdue au fur et à mesure des années. Dans le grand débat que nous avions organisé, Guillaume de Saint-Seine parlait de remettre les courses dans le cœur des Français au sein d’une société de loisirs concurrentiels. Le postulat de départ est simple, le rendre réalité ne l’est pas, surtout au niveau des grandes villes. Pour ceux habitant en région parisienne, il y a tout de même quelques aspects positifs qui ont été constatés ces dernières années : les Jeuxdis de Longchamp sont à guichets fermés, par exemple. Les esprits les plus critiques disent que les jeunes viennent pour la fête et non pas pour les courses. Et c’est certainement vrai mais, au moins, ils viennent ! C’est le premier pas pour leur faire connaître notre univers et déclencher des vocations (propriétaires, parieurs…). On constate par exemple, sur les sites ou comptes de réseaux sociaux dédiés aux loisirs à Paris, un retour de la présence des courses (My Little Paris, Sortir à Paris, Le Bonbon…). Cela semble ne pas représenter grand-chose mais ce sont des partenariats à développer. Il ne faut pas avoir des attentes irréalistes : on ne convertira pas 100 % ou même 70 % des spectateurs, cela n’existe nulle part. L’Irlande, pays pourtant à forte tradition hippique, constate (avec satisfaction), lors des journées étudiantes aux courses, un taux de conversion d’environ 10 %. Les petites rivières font les grands fleuves.

Si l’on veut donner une image aux courses, il faut cependant être conscient que nous devons être en mesure de donner la meilleure image possible – d’où la nécessité d’être irréprochables sur de nombreux sujets dont, parmi les plus importants : la lutte anti-dopage, la reconversion, la “bientraitance” et le bien-être [en anglais, on dira wellfare et wellbeing, deux notions différentes, ndlr]. L’Angleterre est une bonne piqûre de rappel. Les courses sont plus ancrées dans la culture britannique et nous en sommes envieux. En revanche, en ayant davantage d’audience, elles sont aussi une cible d’autant plus importante, comme nous l’ont montré l’an dernier les actions “coup de poing” de certaines organisations animalistes. L’institution des courses a semblé prise au dépourvu dans un premier temps, avant de s’organiser. Être uniquement dans la réaction ne suffit pas : il faut être dans l’action et même proactif. Cela est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Une étape, pour y arriver, est de ne pas réagir dans l’émotion et dans la colère face aux détracteurs des courses (et de “l’utilisation” de l’animal en général). Être en mesure de comprendre et analyser leur point de vue pour pouvoir y répondre de la façon la plus efficace possible n’est pas simple. C’est pourtant une mission essentielle et qui s’étend bien au-delà de l’institution. Il ne faut pas tomber dans le piège qui consiste à se dire que nos détracteurs ont tort et que nous ne pouvons pas les convaincre : eux non plus n’essayent pas de nous convaincre ! Ils s’adressent à un public plus général, qui pourrait basculer de leur côté… À nous de les convaincre de venir du nôtre et, par conséquent, de leur prouver que nous sommes dignes de leur confiance.

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