mardi 18 juin 2024
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L’impact Niarchos

Le bilan 2023 des ventes de femelles

L’impact Niarchos

En 2023, les ventes européennes de yearlings ont affiché une baisse de 37,5 millions d’euros sur l’année record de 2022. Le chiffre d’affaires du marché des foals a également perdu 15 %, avec un recul des sujets vendus. Dans cette année que les optimistes ont catalogué d’année de correction et où les pessimistes voyaient un pas vers le déclin, la surprise est venue des ventes de femelles.

Franco Raimondi

fr@jourdegalop.com

Le chiffre d’affaires européen en légère hausse

Le cumul de Tattersalls December, Arqana et de Goffs November affiche 166,35 millions d’euros et un prix moyen de 113.166 euros. Le chiffre d’affaires a donc progressé de 538.000 € sur l’année record 2022, le prix moyen étant en hausse de 5,7 %. Les pouliches et poulinières qui ont trouvé preneurs à un million d’euros sont au nombre de 20 – tout comme en 2022 – et celles qui ont atteint 500.000 € ou plus sont 62, sept de moins que l’année précédente. D’un point de vue comptable, 2023 reste une année haussière mais la calculette ne suffit pas pour analyser le marché du pur-sang, beaucoup plus complexe que les autres. Le chiffre d’affaires de Tattersalls December qui, au cours de plusieurs années, a représenté les trois-quarts du cumul européen, s’est fixé à 82 millions, soit aujourd’hui moins de la moitié de la globalité européenne.

Les résultats des ventes européennes de pouliches et juments

Année

Presentées

Vendues

C. A. (€)

Prix moyen (€)

Plus d’un million

Plus de 500.000

2023

1.913

1.470

166.354.776

113.166

20

62

2022

1.891

1.550

165.816.020

106.978

20

69

2021

2.080

1.676

127.763.317

76.231

10

41

2020

1.583

1.338

80.860.062

60.433

4

18

2019

1.723

1.410

106.336.603

75.416

5

39

2018

1.843

1.447

106.739.079

73.765

13

37

2017

1.884

1.503

123.971.087

82.842

15

41

2016

1.928

1.537

93.862.065

61.068

6

25

2015

1.921

1.488

87.527.424

58.822

4

16

2014

1.905

1.493

88.936.374

59.568

6

18

2013

1.901

1.572

125.000.840

79.517

9

43

Alpha Centauri, Alpine Star & Co.

Le marché 2023 des pouliches et poulinières a été marqué par la réorganisation de l’opération d’élevage – courses de la famille Niarchos, qui a présenté 39 femelles à Goffs.  Alpha Centauri (Mastercraftsman) et Alpine Star (Sea The Moon) ont été achetées par Coolmore pour six millions d’euros, leur sœur Albigna (Zoffany) et l’ex-française That Which Is Not (Elusive Quality) ont pris la même direction respectivement pour 3,7 et 3,3 M€. Les femelles Niarchos ont produit un chiffre d’affaires proche de 27 millions, soit les deux tiers de la vente d’élevage de Goffs. Cela représente aussi 16,2 % du marché européen. Deux dispersions avaient également boosté la vente de Goffs au cours des dernières années. En 2016, lors de l’offre des femelles Wildenstein, la vente avait atteint 20,74M€ et, en 2013, l’australien Paul Makin avait vendu ses 24 pouliches et poulinières pour 12,73 M€, soit près de la moitié du total de la vente (25,74 M€).

Une baisse de 16 % sans les Niarchos

Sans les femelles Niarchos passées sur le ring de Goffs, les statistiques des ventes 2023 auraient un tout autre visage. Le chiffre d’affaires du vieux continent baisserait alors à 139,35 M€ (- 16 % sur 2022) mais il afficherait quand même le deuxième meilleur score du siècle, le prix moyen se situant non loin des 100.000 €. Il faut également ajouter un détail : Coolmore a dépensé sur les quatre femelles achetées en Irlande la totalité de son budget (19 M€) dans ce segment et la superpuissance peut désormais compter sur une jumenterie d’excellence. Les Irlandais peuvent ajouter quelques “pièces de collection” de-ci de-là, tout comme Godolphin qui, en 2023, a acheté Sea The Sky (Sea The Stars) pour 1,25 M€ à Deauville ainsi que deux femelles : Faiza (Girvin) à 4 millions de dollars et Higher Truth (Galileo) pour 1,5 million de dollars à Fasig-Tipton.

Le haut de gamme pèse pour plus de la moitié

En 2022, les 69 femelles vendues à 500.000 € ou plus ont généré 75,27 millions d’euros, soit 45,3 % du chiffre d’affaires européen. En 2023, l’effet Niarchos a fait monter ce segment du marché à 90,63 M€ pour 62 lots, c’est-à-dire 54,4 % du total. L’acheteur qui avait dominé le haut de gamme en 2022 à Goffs était Yuesheng Zhang, qui avait obtenu six des sept juments à plus de 500.000 € avec la signature BBA Ireland Lucky Vega. Le jeune Lucky Vega (Lope de Vega) n’est pas à plaindre puisqu’en 2023 il a sailli 147 juments, dont 62 de l’opération Yulong mais uniquement une seule parmi les six payées plus de 500.000 pour lesquelles il avait signé le bon à Goffs. Savoir qui se cache derrière les achats aux ventes est devenu un authentique casse-tête…

Deauville baisse mais tient

En 2022, nous avions assisté à une saison inédite. Le segment “pouliches et poulinières” de la vente d’élevage de Deauville a baissé de 15 % sur 2022 mais il ne faut pas oublier que le chiffre d’affaires du segment a tout de même affiché 43,59 M€, avec 15 femelles qui ont trouvé preneurs à plus de 500.000 €. En 2019, avant la Covid, elles étaient 6 à atteindre cette barre et le chiffre d’affaires n’avait plus atteint les 30 millions avant 2021. Les optimistes qui pensent à une correction du marché ont raison si l’on compare les deux dernières années de ventes européennes aux éditions précédentes. Sans compter 2020, lorsque le marché européen était tombé à 80,86 M€, les pouliches et poulinières vendues 500.000 € ou plus en Europe étaient, en moyenne, au nombre de 32 par an. Désormais nous en sommes à plus de 60 !

L’offre qualitative est plus large

L’explication vient de l’augmentation de l’offre puisque plus de femelles ayant brillé dans les Groupes appartiennent à des propriétaires vendeurs et moins désormais aux grandes opérations d’élevage. Il faut du courage, vu les tarifs des étalons haut de gamme, pour garder une bonne pouliche, lauréate de Gr1, et courir ses produits ou les vendre sur un marché de yearlings sélectif… surtout si on n’a pas une véritable vocation pour l’élevage. C’est très simple : si vous avez une lauréate de Gr1, il faut investir autour d’un million en prix de saillies avant que son premier produit ne prenne 3ans. Il est par conséquent plus logique de vendre la pouliche et d’investir sur des yearlings.

Le marché est désormais mondial

Une autre explication qui justifie la hausse des deux dernières années est l’apport des investisseurs des autres continents. Sur les 62 femelles à plus de 500.000 euros vendues en 2023, près de la moitié a été achetée par des éleveurs japonais, australiens et américains, acheteurs qui se sont également montrés très actifs sur des lots moins chers. Les pessimistes craignent une perte de qualité pour l’élevage européen mais on ne peut pas “tout garder” sans vendre… C’est la loi du marché et l’élevage du pur-sang est désormais une activité mondiale.

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