vendredi 21 juin 2024
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Normandie Breeding, à la française… et à l’irlandaise !

Dans les cuisines des éleveurs français

Normandie Breeding, à la française… et à l’irlandaise !

La victoire d’Unquestionable dans le Breeders’ Cup Juvenile Turf a connu un retentissement international. C’est la cerise sur le gâteau pour Normandie Breeding, un élevage qui produit beaucoup de bons chevaux à partir d’un petit effectif, comme Go Athletico, Around Midnight, Toimy Son, Axdavali… Guillaume et Camille Vitse ont accepté de nous présenter leur plan de croisements 2024.

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Sous la plume de Franco Raimondi, Luca Cumani a déclaré dans l’édition précédente de Jour de Galop : « La reprise de compétitivité de la France n’est pas une surprise, sa place se situe au même niveau que l’Angleterre et l’Irlande, comme toujours. Je pense que le point de départ, c’est l’élevage qui a sans doute progressé. La qualité des étalons en France est bien meilleure qu’il y a une dizaine d’années. » Seule la rencontre du flegme britannique et de l’élégance milanaise – en une seule et même personne – pouvait enfanter d’une déclaration aussi diplomatique ! De fait, en 2014, Siyouni (Pivotal) et Wootton Bassett (Iffraaj) étaient encore de jeunes sires en quatrième et troisième années de monte. Ils étaient respectivement proposés à 7.000 € et 4.000 €. Et dans les campagnes françaises, beaucoup d’éleveurs en ont profité. Désormais à 200.000 €, Siyouni est un étalon de classe mondiale, largement inaccessible pour le commun des mortels. Il ne contribue plus autant que par le passé à la compétitivité de l’entraînement français. D’ailleurs, deux de ses trois meilleurs produits de la saison 2023 couraient sous entraînement irlandais. Wootton Bassett, lui, est en Irlande et ses trois lauréats de Gr1 en 2023 sont entraînés hors de France. Notre parc d’étalons est en transition, avec de nombreux prospects intéressants mais pas encore confirmés. Beaucoup de jeunes sires français en vue vont avoir leurs premiers partants cette année. Cette période fascinante revient à jeter une pièce en l’air… en espérant qu’elle retombe du bon côté ! Peut-être va-t-on trouver les futurs Siyouni, Wootton Bassett, Galiway (Galileo) et Zarak (Dubawi) parmi les jeunes sires français de 2024. Encore faut-il leur donner une chance ! Guillaume et Camille Vitse font partie de ces jeunes éleveurs français qui aiment essayer les jeunes sires français.

Les jeunes étalons de Bouquetot

Un peu comme nos voisins irlandais, les Vitse font tourner leur jumenterie. Et les juments, après avoir réussi au haras, sont souvent sur le marché. Mais en amont – “à la française” –, ils n’hésitent pas à prendre le risque de faire saillir des juments avec un pedigree “trop juste” pour aller aux ventes en exploitant en course leur production, avec des associés. Et si le pari réussit, les produits suivants et la poulinière elle-même peuvent alors passer sur un ring.

Key Success (Kodiac), acquise 12.000 € et revendue 85.000 € après avoir donné deux black types, Axdavali (Goken), deuxième des Prix du Pin et du Bois (Grs3), et Axdaliva (Elusive City), deuxième du Prix des Jouvenceaux et des Jouvencelles (L), en sont des illustrations. Les filles de Kodiac (Danehill) ont particulièrement bien réussi chez Normandie Breeding, à l’image de Key Success que nous venons d’évoquer : « Kodiac est un père de mère formidable. Nous n’avons pas hésité à acheter certaines de ses filles qui n’avaient pas les pages de catalogue les plus commerciales, pour produire des chevaux de course. Notamment en association avec Tanguy Moreux et Stéphane Billon. C’est vraiment ce que l’on sait faire ! »

Ainsi, Lusail (Mehmas), bon 2ans et placé des St James’s Palaces Stakes (Gr1) l’année suivante, va saillir Vivaia (Kodiac), achetée en association avec Tanguy et Minh Hoa Moreux (Mandalore Racing). Elle est issue d’une bonne origine “Moyglare”. Au sujet du jeune étalon du haras de Bouquetot, les éleveurs expliquent : « Il est à côté… et c’est un très beau cheval. » Elle aussi acquise chez Goffs, Fleur Delacour (Kodiac) a un pedigree 100 % Tally-Ho Stud. La poulinière est promise à Armor (No Nay Never) : « Nous aimons beaucoup Armor. Il est abordable et signe sa production. C’est aussi une manière de renvoyer l’ascenseur à une entité qui nous a acheté des yearlings. » Armor va également saillir Dancing Danube (Exceed and Excel), une jument acquise en février dernier pour seulement 3.000 € avec Sylvain Vidal. Elle est actuellement pleine d’A’Ali (Society Rock). Ce croisement 2024 est clairement dans l’optique d’aller aux courses, « avec un groupe d’amis ».

La troisième jument du haras promise à Armor est Quelle Charm (Mehmas), une fille de la black type Princess Charm (Rip van Winkle).

Miss Pimpernel (Clovodil) est la mère de Toimy Son (Twilight Son), un lauréat du Prix du Pont Neuf (L) qui n’est pas passé en vente yearling faute de pedigree assez commercial. Il a été vendu sur performances à l’entraînement. Miss Pimpernel va cette année à Zelzal (Sea the Stars) : « Nous avons trois produits de cet étalon. Et ce sont tous de supers poulains. Zelzal est un bon étalon et le meilleur est à venir. La poulinière, elle aussi, produit très bien. »

La mère et la sœur d’Unquestionable

Les Vitse ont fait le choix de réduire leur effectif à une dizaine de poulinières et de limiter le consignment. Cela permet d’éviter les problèmes de personnel. Et lorsque ce sont les patrons qui s’occupent des chevaux matin et soir… « Le travail est bien fait. Nous essayons d’avoir une démarche qualitative. » Strawberry Lace (Sea the Stars), acquise 52.000 Gns à l’âge de 4ans, s’est révélée un achat décisif. Son deuxième yearling, Unquestionable (Wootton Bassett), a fait tomber le marteau à 340.000 €. Il a gagné le Breeders’ Cup Juvenile Turf (Gr1) et galope vers les classiques 2024. Son yearling suivant (par Almanzor) a été vendu 185.000 €. Logiquement, Strawberry Lace a changé de catégorie. Elle n’a que 9ans et une certaine pression accompagne désormais la suite de sa carrière de poulinière. Ses propriétaires nous ont confié : « Elle retourne à Wootton Bassett. La mayonnaise a déjà pris une fois… Strawberry Lace est partie pour l’Irlande lundi. » Unquestionable a été le premier gagnant de Gr1 avec un inbreeding (deux fois présente à quatre générations) sur la célèbre poulinière du cheikh Mohammed Al Maktoum Park Appeal (Ahonoora). Mais ce n’était pas nécessairement volontaire de la part des éleveurs du pensionnaire d’Aidan O’Brien : « Nous essayons simplement d’éviter les inbreedings trop proches. On marche beaucoup au feeling. » Lors de son achat à Newmarket, Strawberry Lace était pleine de Night of Thunder (Dubawi). Elle a donné aux Vitse une pouliche, Enjoy the Show, qui sera saillie pour la première fois en 2024. Elle va à Mehmas (Acclamation), un petit cheval très bien fait et “félin” dans sa locomotion : « Un vrai bon cheval de vitesse. On ne peut pas ne pas vouloir utiliser un cheval qui se déplace aussi bien que lui. Nous faisons le pari qu’il va bénéficier de la réussite de ses “grosses” générations conçues à des tarifs plus élevés qu’à ses débuts. Et Mehmas va ramener un peu de précocité à Enjoy the Show. »

Ever Sun Shine (Le Havre), sœur de la gagnante classique Txope (Siyouni), va au débutant de Tally-Ho Stud Good Guess (Kodiac) : « Ce cheval, c’est une peinture. Il mérite 20 sur 20. Nous voulions vraiment lui mettre une jument. »

Les filles de Sea the Stars

Strawberry Lace fait partie des nombreuses filles de Sea the Stars (Cape Cross) qui ont donné un cheval de haut niveau en 2023. C’est le cas des génitrices d’Al Husan (Nassau Stakes, Gr1), Big Rock (Queen Elizabeth II Stakes, Gr1), Eldar Eldarov (St Leger Irlandais, Gr1), Onesto (placé de l’Arc)… Acquise 30.000 € pleine de Starsplangledbanner (Choisir), Family Star (Sea the Stars) est bien dans le type des juments “Vitse” : un bon père de mères, une belle jument et une souche solide. Comme les autres, elle a été acquise avec l’espoir que la page va se noircir sous la première mère et que la jument elle-même va se démarquer par sa propre réussite au haras. Pour sa première saillie française, Family Star va à Intello (Galileo) : « Un super rapport qualité-prix. Il va ramener de la locomotion. Intello est un très bon étalon, toujours présent à bon niveau et proposé à un tarif attractif. »

En décalage

Les Vitse n’ont pas peur d’utiliser des étalons qui vont avoir leurs premiers partants dans les mois à venir, comme Sottsass (Siyouni) et Persian King (Kingman) par exemple.

Acquise 12.000 € dans un réclamer, Artifix (Lawman) est la mère d’Around Midnight (Almanzor), gagnant du Critérium de l’Ouest (L), mais aussi placée des Prix des Réservoirs et Vanteaux (Grs3). Vide, la jument va donc à Sottsass, dont les premiers yearlings se sont bien vendus (95.000 € de moyenne en 2023) : « C’était un vrai champion. Nous avons beaucoup aimé ses premiers produits. Artifix a réussi avec un cheval de distance intermédiaire (Almanzor), ce qui correspond aussi au profil de Sottsass. Physiquement, il va bien convenir à cette grande jument. »

Très signée par son père, Golden Love (Dubawi) va à l’imposant Persian King, « en partie car nous avons de très bons échos des 2ans à l’entraînement ». Le jeune sire d’Étreham va aussi saillir la très bien née Lustre (Galileo). Propre sœur du placé classique Cliffs of Moher (Galileo), elle a fait tomber le marteau à 100.000 € chez Goffs alors qu’elle était pleine de Wootton Bassett : « Tout le monde était au bar lorsqu’elle est passée sur le ring. Le temps dira si c’était l’affaire du siècle ou pas. »

Le plan de monte 2024 de Normandie Breeding

Jument Saillie 2024
Dancing Danube Armor
Fleur Delacour Armor
Quelle Charm Armor
Ever Sun Shine Good Guess
Family Star Intello
Vivaia Lusail
Enjoy the Show Mehmas
Golden Love Persian King
Lustre Persian King
Artifix Sottsass
Strawberry Lace Wootton Bassett
Miss Pimpernel Zelzal

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