jeudi 29 février 2024
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Aurélien Lemaître fait le point à mi-chemin

Aurélien Lemaître fait le point à mi-chemin

Aurélien Lemaître a obtenu pour la première fois une licence temporaire japonaise en 2024. Le jockey français est à mi-chemin de son aventure hivernale, qui a commencé le 6 janvier – avec une première victoire dès le lendemain – et qui devrait se conclure le 25 février. Il dresse un premier bilan de son périple.

Jour de Galop. – Vous êtes à huit victoires au Japon et, au classement des jockeys 2024, en douzième position, soit le premier au classement des jockeys étrangers ayant obtenu une licence temporaire en 2024. Quel est votre premier bilan ?

Aurélien Lemaître. – Cela se passe très bien ! Je suis vraiment très content. La première année peut s’avérer compliquée : vous arrivez sans contact, sans être connu. Mais j’ai eu la chance de m’imposer dès le premier week-end et de montrer que j’étais performant.

On sait que cela peut être difficile de trouver de bonnes chances et de faire sa place avec une première licence temporaire. Cela avait été le cas pour Hollie Doyle lors de son premier hiver au Japon ou, plus récemment, de Luke Morris…

Oui, c’est difficile. Luke avait eu du mal à s’y faire et il est rentré. Il faut comprendre que cela n’est pas forcément évident : on ne monte que le week-end, alors, quand les gagnants ne viennent pas, le moral peut vite tourner. Mon agent a fourni un excellent travail pour que tout se passe au mieux et s’enchaîne bien.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer dans votre adaptation ?

Je dirais le matin. Les chevaux travaillent beaucoup plus vite, sur des distances plus réduites et sur des pistes en copeaux. Il faut réussir à s’y faire et prendre rapidement ses repères. On découvre cette nouvelle surface et il y a un petit temps d’adaptation. Les chevaux japonais travaillent beaucoup plus sur la vitesse, c’est plus intense. Quand on me demande de venir le matin, je sais qu’on ne va pas hésiter à travailler au chrono : à moi d’être dans le bon tempo ! On court aussi sur le dirt au Japon. De mon côté, j’avais monté aux États-Unis, donc les repères sont vite revenus. Le dirt japonais est un peu différent, dans le sens où il est plus profond et sur une petite piste, mais le principe de gestion reste le même. Évidemment, tout est plus facile quand on a les bons chevaux.

Le cheval japonais versus le cheval français ?

On retrouve tous les modèles, y compris des petits, mais je dirais que les chevaux japonais ont, de façon générale, plus de taille et de force. Ils se rapprochent des chevaux de dirt. Les poids sont publiés pour chaque course et, au rond, on voit qu’ils sont en bel état.

Les jockeys français ont cette réputation de pouvoir s’adapter à tous types de courses. Vous êtes à 35,6 % de réussite dans les trois premiers, ce qui est un bon score pour un « non japonais ».

Je me suis plutôt bien adapté. Je suis basé à Kyoto, et pour le moment, je n’ai évolué que là-bas, donc je n’ai pas de point de comparaison avec d’autres hippodromes. Il n’est pas impossible que je me rende à Tokyo avant mon départ. Concernant Kyoto, la piste est plutôt rapide, bien que nous soyons en hiver, avec un petit tournant et un grand tournant. Il faut être réactif. Dans l’ensemble, beaucoup de chevaux viennent finir. Je fais donc bien le papier pour essayer d’être le mieux entouré durant le parcours.

Il manque peut-être une victoire de Groupe pour que tout soit parfait ?

Je ne vais pas me plaindre, je monte pour de grandes casaques. Dans les Groupes, c’est un peu plus compliqué de pouvoir attraper les meilleures chances, assez logiquement. Les chevaux sont amenés à courir les grandes courses et, assez logiquement, les entourages cherchent à fidéliser les jockeys.

Vous n’avez pas participé à de grands week-ends avec des Grs1, puisque le gros de la saison se conclut fin décembre. Mais, côté ambiance, quel est votre ressenti ?

C’est ce qui m’a le plus choqué et la première chose que j’ai dite à mon agent : il y a du monde (rires) ! Le premier week-end où je me suis mis en selle était férié et il y avait donc trois jours de courses. On court en général douze courses et la journée commence tôt. En général, pour les trois premières, c’est assez calme et le public arrive au fur et à mesure. L’hippodrome de Kyoto, récemment refait, est très bien conçu. Le public peut vraiment se masser autour du rond de présentation et il y a cette impression de foule. Les chevaux sont sellés en avance, arrivent tôt dans le rond, il y a donc toujours quelque chose à voir. L’aire de jeux pour les enfants est belle. Les jockeys sont en quarantaine et ne peuvent pas se balader sur l’hippodrome, mais de ce que je peux voir, c’est joli et bien pensé.

Ne monter que le week-end peut parfois se révéler « quitte ou double ». Certains adorent, d’autres ne s’y font pas. Quel est votre cas ?

C’est différent de la France… Je suis plutôt léger mais, malgré cela, il faut gérer le poids car il n’y a pas le même rythme physique qu’en Europe, nous n’avons pas de compétition tous les jours. En revanche, nous avons davantage de moments de détente. Le lundi est off, nous allons deux ou trois fois par semaine monter à l’entraînement. Il faut se remettre en route le week-end. J’ai un peu de temps pour moi et j’ai la chance d’avoir Christophe et Barbara Lemaire juste à côté, qui me font visiter. J’aime la culture, les codes et, de façon générale, la vie ici. Tout y est bien ordonné.

Concernant la gestion du poids, Tom Marquand et Hollie Doyle avaient expliqué avoir moins de problèmes qu’en Angleterre bien que montant moins. Nous n’oserons pas comparer cuisine anglaise et française mais est-ce bien le cas ?

C’est beaucoup plus sain, oui, et servi en petites quantités, avec du poisson, des produits préparés à la vapeur. Après, c’est une question d’adaptation : certains ne vont pas forcément aimer. De mon côté, je ne suis pas difficile, donc cela me va !

Et la quarantaine des jockeys les week-ends de course ?

Très franchement, cela se gère bien. Il faut y rentrer le vendredi soir si on monte le samedi. Tout le monde est très gentil et, finalement, cela permet de se mettre dans sa bulle avant la compétition. Les courses commencent le samedi matin, le temps passe donc finalement vite. En ce qui me concerne, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Suivez-vous les courses en France ? On pense à Hooking, un cheval de cœur, qui va retenter le doublé Grand Prix de la Riviera/Prix Saônois (Ls), que vous aviez réalisé avec lui l’an passé ?

Oui et je suis super content ! C’est magnifique de le revoir en piste, c’est un cheval extraordinaire qui répond toujours présent. Pour sa rentrée, il s’est promené et je pense qu’il est tout à fait capable de réaliser le doublé comme l’an dernier. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas !

Votre aventure japonaise se termine bientôt. Avant une prochaine ?

Je monte jusqu’au 25, le temps de revenir en France… et je serai prêt à monter le 29 février à Chantilly. Il y aura certainement moins de monde (rires) et le climat ne sera pas le même. J’ai de la chance, l’hiver est plutôt clément à Kyoto. Il me restera encore un mois sur ma licence temporaire japonaise, donc je devrais revenir, oui ! Et, idéalement, j’aimerais beaucoup en obtenir une autre. Pour pouvoir vraiment tirer tous les bénéfices de ce type d’expérience, il faut revenir à plusieurs reprises.

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