mercredi 28 février 2024
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Comment « F.-M. » Cottin a déniché la poulinière qui fait rêver toute l’Europe

Comment « F.-M. » Cottin a déniché la poulinière qui fait rêver toute l’Europe

Assurément, Matnie est la jument dont on parle le plus cette année outre-Manche. De victoires black types en record aux ventes, sa réussite impressionne. Pourtant, au départ, elle a un profil relativement modeste. Sa réussite, c’est aussi celle de François-Marie Cottin, l’éleveur de tous ses bons produits.

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Lundi chez Tattersalls Ireland, le « FR » et gagnant de Gr1 Caldwell Potter (Martaline) a établi un nouveau record pour un sauteur en vente publique à 740.000 €. Ce tarif, il l’a réalisé sur la foi de ses qualités sportives, étant donné qu’il est hongre. Mais tous les spécialistes anglais et irlandais s’extasient devant son pedigree. À titre d’exemple, avant la vente, Tom Malone a déclaré à notre confrère James Thomas (Good Morning Bloodstock) : « C’est le meilleur pedigree de l’histoire de l’obstacle. Cela fait une vingtaine d’années que je suis dans le métier et je n’ai jamais vu meilleur pedigree. Une mère capable de produire quatre animaux de premier plan… c’est inouï. Et le plus jeune, Brighterdaysahead, sera peut-être un jour le meilleur d’entre eux. Si j’avais un propriétaire qui voulait atteindre les sommets, il n’y aurait qu’un seul cheval à acheter. Et c’est Caldwell Potter. »

Sa mère, Matnie (Laveron), a produit cinq black types… avec cinq partants. Elle a donné un autre gagnant au meilleur niveau répondant au nom de Mighty Potter (Martaline) quintuple lauréat sur les obstacles irlandais. Mais on lui doit aussi French Dynamite (Kentucky Dynamite), trois fois placé de Gr2, Indiana Jones (Blue Brésil), troisième de Gr2, et Brighterdaysahead (Kapgarde) qui reste sur une victoire de Gr3, pour sa première tentative à ce niveau.

Pourquoi elle ?

Matnie n’a pas couru. Et pour être tout à fait exact, vu son modèle et sa page de catalogue, personne ne l’aurait repérée dans un catalogue de vente. Son père, Laveron (Königsstuhl), n’a pas laissé un souvenir impérissable et aucune autre de ses filles n’a donné de gagnants de Groupe. Sa mère, Lirfox (Foxhound), était bonne – 10 victoires, placée de Gr2 – mais elle n’a donné qu’un seul gagnant sur quatre partants. Par contre, sous la deuxième mère, on retrouve trois black types dont La Grande Dame (Daliapour), notamment deuxième du Prix Renaud du Vivier (Gr1), et Aupcharlie (Daliapour), battu du minimum dans un Gr1 sur le steeple de Leopardostown. Beaucoup plus loin, on retrouve la souche des « L » du haras de la Louvière.

Des juments avec le profil de Matnie, il y en a des centaines dans les catalogues de vente et nous avons donc demandé à François-Marie Cottin, l’éleveur de tous ses bons produits, les raisons qui l’ont poussé à la choisir comme poulinière. Il nous a expliqué : « Bien qu’elle n’ait aucun problème particulier Matnie n’a jamais été débourrée. Je l’ai eue à la suite Monsieur Jack Barbe qui en était l’éleveur. Et elle n’a pas de modèle. À plusieurs reprises, j’ai récupéré des juments qui avaient au départ un profil assez peu commercial. Et cela m’a donné l’opportunité – eu égard à mes moyens – de les faire reproduire. À l’époque, c’était une opportunité qui ne semblait pas forcément en être une. Matnie avait par contre pour elle son pedigree maternel. Et elle est devenue une grande poulinière. En matière d’élevage, il n’y a pas de règle, pas de méthode. »

François-Marie Cottin a eu l’œil pour croiser Matnie qui est allée à Blue Brésil (Smadoun) en 2015, pour sa dernière année française, alors qu’il officiait à seulement 1.500 €, quasiment 15 fois moins que son tarif actuel en Irlande. Alors même que Matnie n’avait pas eu de partants, l’éleveur a pris le risque de la faire « sur-saillir » en allant à Martaline (Linamix) en 2016 (10.000 €) et en 2017 (15.000 €). Il explique : « L’élevage c’est long. Si on n’investit pas dans des saillies commerciales, dans les bons reproducteurs… on a peu de chance de parvenir à vendre. »

Des pères de mères qui ont brillé en obstacle

Une des belles réussites de François-Marie Cottin en tant qu’éleveur n’est autre que la production de l’AQPS – d’origine anglo-arabe – Indécise (Cyborg). Gagnante d’une course en plat à Molières et d’une épreuve sur les haies d’Ostende, elle était par contre la sœur de trois black types, dont Marcel (Bateau Rouge), lauréat de 14 courses dont le Tolworth Hurdle (Gr1). François-Marie Cottin détaille : « J’ai hérité cette poulinière de mon grand-père. Il était agriculteur et il s’était diversifié comme beaucoup à l’époque. Outre les bovins et les ovins, il avait donc des chevaux de travail, et des poulinières de course. Je connais bien cette famille. » Indécise a donné quatre black types à François-Marie Cottin, dont Vieux Lion Rouge (Sabiango), lauréat de 12 courses et notamment de deux Groupes. Il a été conçu lors des trois saisons françaises l’allemand Sabiango (Acatenango) au haras des Chartreux.

Sans que cela semble forcément intentionnel, les filles d’étalons ayant couru en obstacle ont particulièrement bien réussi à François-Marie Cottin. Matnie (par Laveron) et Indécise (par Cyborg) étaient issues de deux pères ayant brillé à Auteuil. Shabady – par Grand Seigneur (Mansonnien), deuxième du Prix Cambacérès (Gr1) – a produit la bonne Josubie (Pastorius). Mante Jolie (Beyssac), de son côté, était la fille d’un gagnant à Auteuil en la personne de Beyssac (Paris Jour).

Quintessence III – par El Condor (Misti), gagnant du Finot et deuxième de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr1) – était en provenance de chez Alfred Lefèvre, mythique marchand de chevaux. Elle a donné deux bons sauteurs à François-Marie Cottin. Dont Hors La Loi III (Cyborg), gagnant du Smurfit Champion Challenge Trophy Hurdle et du Citroen Supreme Novices’ Hurdle (Grs1). Son propre frère, Cyborgo (Cyborg), co-élevé par François-Marie Cottin et Alfred Lefèvre, a remporté le Stayers Hurdle (Gr1) à Cheltenham.

Mante Jolie est la deuxième mère du valeureux Achour (Limnos) et du champion El Fabiolo (Spanish Moon) qui enchaîne les victoires de Gr1 outre-Manche. L’éleveur analyse : « Mante Jolie portait les couleurs de l’un de nos propriétaires, Monsieur Langelier, qui a souhaité arrêter à un moment donné. Nous avons eu un certain nombre de succès avec cette famille qui n’était pas forcément un grand pedigree au départ. Il faut beaucoup de temps et beaucoup de travail pour obtenir des gagnants à partir de ces types de pedigrees qui sont à l’origine peu commerciaux. Mais cela nous a permis de les acquérir puis de les améliorer en utilisant de bons étalons, afin d’éventuellement faire émerger une souche. Derrière tout cela, il y a la passion. Et cette passion, il faut la vivre à la hauteur de ses moyens et se dire que cela ne tient pas qu’à une seule personne. C’est aussi le travail de mes parents et de mes grands-parents… le résultat est venu grâce aux efforts de plusieurs générations d’éleveurs. »

Walter Connors : « Tout le mérite revient à la famille Cottin »

Vétérinaire, Walter Connors est aussi un pinhooker de premier plan. En parallèle, il a quatre poulinières, toutes stationnées en France. Matnie reproduit désormais pour son compte et il l’a achetée à l’amiable suite à la réussite de sa production. L’Irlandais nous a confié : « Seamus Murphy est mon homme de confiance en France. C’est lui qui fait tout le travail de repérage dans votre pays. Nous avions déjà acheté deux des produits de la jument… avant d’avoir l’opportunité d’acquérir la mère. Nous l’avons laissée en France. Elle est en pension au haras des Marronniers, chez Géraldine Pothier. Matnie n’a pas un physique particulièrement attrayant. Elle n’est pas très grande et est assez légère. Mais elle produit beaucoup mieux qu’elle-même. Je me souviens avoir acheté chez Osarus son deuxième foal, Mighty Potter, et le pedigree n’avait rien de spectaculaire. Tout le mérite revient à la famille Cottin d’avoir fait du si bon travail et d’avoir donné sa chance à cette poulinière. »

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