samedi 2 mars 2024
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Jean-Paul Challet à la recherche du nouveau Zagrey

Dans les cuisines des éleveurs français

Jean-Paul Challet à la recherche du nouveau Zagrey

Avec Zagrey, lauréat du Grosser Preis von Baden (Gr1), Jean-Paul Challet vit un rêve éveillé en tant qu’éleveur (et copropriétaire, avec Gérard Augustin-Normand).

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Permis d’entraîner à Chantilly, puis propriétaire, Jean-Paul Challet est devenu éleveur lorsqu’il a eu la possibilité d’acheter de la terre dans les Deux-Sèvres en 1987. Depuis près de trente ans, il emploie Franck Soulard pour s’occuper des chevaux au quotidien, avec l’aide de Christophe Pourteau. C’est ce triumvirat qui se réunit pour établir le plan de croisements du haras de Précolette. Pour ce faire, Jean-Paul Challet et son équipe restent fidèles à plusieurs grandes lignes directrices : « De longue date, ma stratégie est basée sur le soutien aux étalons français. Je travaille essentiellement à partir des parts d’étalons que je possède. L’idéal, c’est bien sûr de parvenir à détecter en amont les futurs étalons améliorateurs. Un gros travail a été effectué sur le parc français. Et cela ne m’empêche pas d’acheter des juments à l’étranger pleines d’étalons stationnés à l’international. On court toujours après l’amélioration de sa jumenterie, bien entendu. Mon parcours professionnel m’a appris à beaucoup déléguer. Si l’on n’est pas bien entouré, c’est impossible de réussir. »

Pourquoi le plat ?

Jean-Paul Challet fait saillir entre quinze et vingt poulinières par an, le plat ayant la part belle dans son effectif. Il explique : « L’obstacle, ce n’est pas si simple, car il faut plus de temps pour connaître la valeur des chevaux. L’élevage des trotteurs, lui non plus, n’a rien de facile. C’est même très difficile, il faut une grande quantité de naissances pour réussir. Je ne dénigre ni le trot ni l’obstacle. Mais pour un petit éleveur, c’est presque plus facile de parvenir à gérer la situation en plat. Assez rapidement, on peut situer le niveau de son élève, que ce soit pour les ventes ou pour courir. Je suis un homme de chiffres, c’est lié à mon parcours professionnel. Et quand des relations veulent se lancer dans les courses ou dans l’élevage, je leur suggère de faire preuve de prudence et de stratégie. »

Le plaisir avant tout

Chaque acteur de notre univers à son leitmotiv, sa propre source de motivation : « Tout cela doit rester un plaisir. Il faut vraiment que tout le monde puisse travailler dans une bonne ambiance. J’accorde beaucoup d’importance au dialogue avec les entraîneurs. Je suis éleveur-vendeur, mais comme beaucoup, j’ai aussi des chevaux à l’entraînement. Le cas de Zagrey est intéressant. Personne n’en a voulu et je l’ai racheté 32.000 € bien que la mère eût déjà donné un cheval de Groupe. Le marché est étonnant dans le sens où il privilégie avant tout les sujets de vitesse qui seront prêts pour le premier semestre. Je suis à contre-courant de cette mode, même si j’ai déjà sorti des 2ans. À ce titre, j’ai apprécié l’interview de John Gosden. Un homme de classe. En allant à Dubaï, j’ai pu constater la progression des japonais qu’il évoque. Leur réussite, ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est aussi le fruit d’une stratégie. » Zagrey s’est ainsi classé troisième de la Dubai Sheema Classic (Gr1), face au meilleur cheval au monde, Equinox (Kitasan Black). Westover (Frankel), le deuxième, a remporté deux Grs1. Le quatrième, Mostahdaf (Frankel), deux également. Quelle ligne ! : « Zagrey est capable de tenir, mais c’est aussi un cheval avec beaucoup de vitesse. Il a déjà signé des temps partiels exceptionnels. » Malgré d’importantes offres en provenance de l’étranger et plusieurs demandes de haras pour l’accueillir comme étalon, Zagrey va poursuivre sa carrière de compétiteur en 2024.

La carte Erevann

Par l’intermédiaire de Marc-Antoine Berghgracht, Jean-Paul Challet a acheté une jument de la dispersion Niarchos chez Goffs. Et il l’a fait avec son fils, chef d’entreprise au Canada, qui souhaite se lancer dans l’aventure de l’élevage. Innervisions (Dubawi) a été payée 120.000 €, pleine de Saxon Warrior (Deep Impact). Dans la même vente, mais issue de l’élevage de Son Altesse l’Aga Khan, Loredana (Azamour) n’a coûté que 8.000 €. Elle était pleine de Waldgeist (Galileo). Jean-Paul Challet détaille : « Les deux vont à Vadeni (Churchill). Je fais souvent confiance aux étalons et aux juments de l’élevage Aga Khan. Vadeni était un sacré cheval de course. Je suis très attentif au père de père et à la capacité d’accélération des futurs sires. » Le croisement de Vadeni et d Innervisions ne laisse apparaître aucun inbreeding. Est-ce volontaire ? : « Je n’ai pas de religion en ce qui concerne les inbreedings. J’ai tendance à regarder, dans les croisements, les choses qui pourraient être négatives… pour les éviter. Enfin, en dehors de City Light (Siyouni), je n’utilise pas vraiment d’étalon de vitesse pure. »

Sorceries (Acclamation) est une fille de Sorcière (Orpen), gagnante du Prix d’Arenberg (Gr3), puis mère de deux black types, Medley Chic (Medicean), lauréat du Critérium du Fonds Européen de l’élevage (L) et Witch Hunter (Siyouni), gagnant des Hungerford Stakes (Gr2) : « C’est Christophe Pourteau qui a repéré Sorceries à Deauville. Elle vient de l’élevage de madame O’Reilly, une personne que j’appréciais beaucoup et avec laquelle j’ai été associé sur une jument il y a longtemps. J’aime beaucoup Sorceries et c’est un peu mon seul « papier de vitesse. » Elle va à Erevann, un fils de Siyouni… soit le père de Witch Hunter, le bon frère de la poulinière. Erevann pourrait aussi lui apporter un peu de taille. Cette souche est certainement capable de ressortir d’autres bons chevaux. »

Fidèle à Zarak

L’histoire de Grey Anatomy (Slickly) sort de l’ordinaire. La jument a mis du temps à être vendue et elle a trouvé preneur – pour une somme modique – sur Poulinières.com. Elle avait alors 3ans. L’année suivante, Jean-Paul Challet l’a achetée 67.000 € car il voulait une jument pleine de Zoffany (Dansili). Elle portait en elle Graignes (Zoffany), deuxième des Prix Djebel et du Pin (Grs3), mais aussi troisième du Critérium International (Gr1). Ce fut le premier de ses trois black types, le meilleur étant bien sûr Zagrey… le premier gagnant de Gr1 de Zarak (Dubawi). Jean-Paul Challet envoie deux juments à Zarak en 2024 : « Tous les produits nés de cet étalon au haras ont gagné. Il lui faut des juments avec une certaine taille et c’est le cas de Sand (Pivotal) – issue de la grande souche des « S » du Gestüt Karlshof – que j’ai achetée en décembre à Deauville. »

Jean-Paul Challet utilise l’étalon du haras de la Côte Fleurie Makaloun (Bated Breath). Et il a aussi sa sœur au haras, Manika (Maxios). En 2024, elle est promise à Zelzal (Sea the Stars) : « Un bon étalon. »

Entre plat et obstacle

Zanatiya (Sinndar) a donné un bon cheval dans les deux disciplines. Zarisk (No Risk At All) a gagné huit courses et il s’est classé troisième de la Grande Course de Haies de Printemps (Gr3). Son frère, Zyzzyva (Siyouni), a pris la troisième place du Prix des Chênes (Gr3). En 2024, la jument va être saillie pour le plat, son mentor ayant choisi Erevann (Dubawi) : « Zanatiya a 21ans et tous ses mâles ont été de bons chevaux de course, quel que soit l’étalon ! Elle nous a donné un très bon Zarak qui va bientôt avoir 1an. Qui sait, c’est peut-être mon futur Zagrey ! Comme lui, il a montré un comportement à part dès le départ. »

Le haut de gamme de l’obstacle

Miss Yu (Sea the Moon) a un profil peu courant. Née pour le plat, c’est la propre sœur d’Allmankind (Sea the Moon), gagnant du Henry VIII Novices’ Chase et du Finale Juvenile Hurdle (Grs1). C’est la nièce de Beat Hollow (Sadler’s Wells), bon père de sauteurs. Plus loin, on retrouve la souche Juddmonte ayant donné Martaline (Linamix). En 2024, Miss Yu va être saillie par Doctor Dino (Muhtathir) : « Elle est magnifique. La jument est pleine de No Rist At All (My Risk)… et comme tout le monde, je rêve d’avoir un mâle de cet étalon, car il n’a pas encore de fils au haras. En 2024, elle va à Doctor Dino. » Sœur de Bimbo Has (Authorized), gagnante du Prix la Périchole (Gr3), Bigorna Has (Doctor Dino) va à No Risk At All.

Les croisements évoqués dans cet article

Jument  Étalon 2024
Miss Yu Doctor Dino
Zanatiya Erevann
Sorcieres Everann
Nattya Makaloun
Bigorna Has No Risk At All
Innervisions Vadeni
Loredana Vadeni
Sand Zarak

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