dimanche 14 avril 2024
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Maryline Eon se raconte

Maryline Eon se raconte

Première femme jockey à se mettre en selle dans le Diane, Maryline Eon est également la première à remporter un championnat international mixte et individuel, dans le Saudi International Jockey’s Challenge à Riyad. Sa saison 2023 a été magnifique, avec une première victoire de Listed et un premier succès dans un Gr1 réservé aux AQPS. Et elle débute 2024 sur les mêmes bases…

Par Rose Valais,

rv@jourdegalop.com

Jour de Galop. – A Riyad, vous avez battu des stars comme Ryan Moore ou l’australien Damien Oliver. Qu’est-ce que cela représentante pour vous ?

Maryline Eon. – J’étais tellement concentrée que je n’ai réalisé qu’au passage du poteau d’arrivée de la quatrième et dernière course, que j’avais gagné le challenge en dominant d’authentiques stars. Avoir monté aux côtés de ces grands jockeys est génial mais les avoir battus c’est encore autre chose. C’est une fierté. Malheureusement, je n’ai pas pu échanger avec eux. Je les ai seulement vus le jour des courses.

Quand avez-vous appris que vous participiez au Saudi International Jockey’s Challenge ?

Tout s’est organisé très rapidement… et assez tardivement, peut-être un mois et demi avant le début du challenge. Les organisateurs ont contacté mon agent, Michel Chartier, afin de savoir si je souhaitais faire partie des jockeys en lice. Je n’ai pas hésité une seule seconde car pareille proposition peut n’arriver qu’une fois dans une vie. J’ai déjà participé à un championnat du monde réservé aux femmes à Bro Park (Suède).

Racontez-nous votre séjour…

Les organisateurs nous ont offert un séjour de cinq jours pour deux personnes. Nous sommes arrivés le mardi soir et avons pu bien profiter. J’ai eu une réunion avec les handicapeurs locaux afin de parler des chevaux que j’avais tirés au sort, regarder leurs vidéos, faire le papier… J’étais contente du tirage au sort, les handicapeurs m’avaient pleinement rassurée et ils avaient établi leurs pronostics. Pour eux, je devais gagner une course, être placée dans une autre et, concernant les deux autres, je ne détenais pas spécialement de premières chances. Et ils ont eu raison. Par contre, mes chevaux étaient très froids. Les locaux font vraiment la différence entre la femme et le sportif. Je pense qu’il y a eu une évolution notable depuis la participation de Coralie Pacaut. Nous n’avons pas eu le même ressenti. J’ai été très bien accueillie et n’ai ressenti aucune différence de traitement avec les hommes. Il y avait une forme de respect.

… et le jour du challenge ?

Tout est allé très vite… Il a fallu rapidement se changer, puis prendre des photos. Ensuite, les deux premières courses se sont enchaînées et, comme j’ai gagné la deuxième épreuve, les journalistes ne m’ont plus lâchée. Puis, j’ai remporté le challenge et j’ai de nouveau été accaparée par de multiples interviews. Je voulais faire une photo avec Christophe Lemaire mais je n’ai même pas eu le temps ! La pression, on se la met surtout par rapport à l’atmosphère de l’hippodrome. Au rond, tous les regards sont rivés vers nous. J’avais l’impression de monter un Groupe en France car il y avait beaucoup de public. Une fois à cheval, toute la pression redescend. Et comme j’ai monté pour des entraîneurs qui ne m’ont mis aucune pression, c’était très sympa. La tension est montée d’un cran lors de la troisième course, lorsque l’on a commencé à me dire que j’allais remporter ce challenge. Là-bas, pour échanger, j’avais un traducteur. Mais je regrette de ne pas parler anglais car je ne pouvais pas dialoguer avec les autres femmes jockeys… Je pense avoir loupé pas mal de choses à cause de la barrière de la langue.

Le dirt était une découverte pour vous. Qu’avez-vous pensé de cette surface ?

Je montais deux courses sur le gazon et deux autres sur le dirt. Lors de ces dernières, j’ai été très surprise de la vitesse à laquelle s’élançaient les épreuves. En plus, j’avais des chevaux froids, donc j’ai un peu subi. Mais ils me l’ont bien rendu dans la phase finale. Certains jockeys n’aiment pas cela mais moi cela ne m’a pas dérangée. Certes, on prend beaucoup de projections mais les courses sont plus fluides que sur le gazon.

Maintenant, revenons à votre carrière, vous avez commencé par l’obstacle ?

J’ai commencé à monter en course à 16 ans. J’ai réalisé un apprentissage chez Serge Foucher à Senonnes. Ma carrière de course a en effet débuté sur les obstacles, en steeple, à La Teste. Je sortais du concours hippique et l’obstacle m’attirait plus que le plat. J’ai travaillé chez Laurent Viel et Joel Boisnard, puis j’ai tenté d’évoluer à Paris chez Jean-Paul Gallorini. Mais la vie parisienne ne m’a pas plu et je suis retournée chez Joël Boisnard. J’ai pu gagner 21 courses mais sans éviter les chutes. En vieillissant, j’ai commencé à me poser des questions, d’autant que j’avais le poids idéal pour monter en plat. En 2015, j’ai pris la décision d’arrêter l’obstacle. Joel Boisnard a lancé ma carrière. Chez lui, j’ai vite perdu ma décharge et j’avais davantage l’opportunité de me mettre en selle qu’à Paris… Il y avait une place à saisir chez Alain Couétil et tout s’est très bien passé. Hélas, j’ai été victime d’un accident qui m’a écartée de la compétition. Et à mon retour à l’écurie, un autre jockey était arrivé. C’était le bon moment pour moi d’aller vers de nouveaux horizons. Adrien Fouassier était tout juste installé et, ayant travaillé chez Alain Couétil, il avait les mêmes bases d’entraînement. Je savais que cela allait me plaire. C’est d’ailleurs lui qui m’a poussé à devenir free-lance, il y a deux ans.

Vous êtes désormais free-lance, comment s’organisent vos semaines ?

Ce statut fait un peu peur car lorsque nous connaissons une mauvaise passe, nous n’avons plus de revenu le matin. Pas plus que de patron. Je travaille principalement des chevaux à Senonnes, chez François Monfort, Alain Couétil, Adrien Fouassier, Axel Baron, Guillaume Fourrier… Il y a très peu de jockeys free-lance ici. Je n’ai jamais imagé faire carrière à Paris car j’aime la tranquillité de l’Ouest. Et cela ne m’empêche pas de monter dans la capitale ainsi que dans le Sud-Ouest. J’évolue beaucoup dans cette dernière région. Je pense, que c’est grâce à mon agent qui habite Bordeaux. Il bénéficie d’une belle clientèle là-bas. Mais, quoi qu’il en soit, je ne me plains pas ! Je monte pour beaucoup d’entraîneurs, parfois basés à Paris, à l’image de Henri-François Devin pour lequel j’ai gagné avec de belles casaques.

Vous avez 29 ans, comment voyez-vous votre avenir dans les courses ?

Au début de cette année, j’ai eu dix jours de vacances mais j’ai déjà neuf gagnants en France pour 43 montes. Sans parler bien sûr de ma victoire dans le challenge. Je suis donc satisfaite. Depuis que je travaille avec Michel Chartier, nous essayons de monter moins en province et le plus possible les réunions PMU. Je me déplace beaucoup mais certainement pas autant que Marie Vélon. Aussi et de plus en plus, je pense à ma vie privée. C’est peut-être l’âge qui me fait réfléchir de cette manière. De nouveaux projets mûrissent mais je suis très heureuse des années que je réalise.

Vous avez été la première femme à monter dans le Prix de Diane, en 2017, associée à Yellow Storm, pour Alain Couétil. Quel souvenir conservez-vous de cette journée ?

Je n’en reviens toujours pas. À cette période, il était vraiment compliqué pour les femmes de monter ces courses. Cela a été un réel plaisir, d’autant qu’avec son entourage, nous n’avions pas de pression. Participer à ce classique n’était que du bonheur et j’en garde un très bon souvenir.

Que pensez-vous de la place des femmes dans les courses ?

Elle a bien évolué mais reste encore restreinte. Marie Vélon a eu la chance de rencontrer monsieur Gauvin, qui lui a fait confiance à 100 %. Bien qu’elle ait fait ses preuves face aux hommes dans de belles courses, monter pour l’extérieur reste encore parfois difficile pour elle. Alors imaginez pour les autres… Je n’étais pas spécialement pour la décharge. L’année où cette règle est passée, je l’avais déjà perdue et j’ai continué à performer sans avantage pondéral, aux côtés des hommes. Pour certaines femmes, surtout pour les apprenties, cette nouvelle règle a été une véritable aubaine afin de ne pas se faire oublier. Pour moi, lorsque vous sortez du lot, vous sortez du lot, avec ou sans décharge. Marie et moi possédons beaucoup d’expérience et 3 livres, cela peut quand même faire beaucoup dans une course. Tant mieux pour nous mais nous ne pouvons pas dire que nous sommes à égalité avec les hommes. Il est important de travailler le matin ou sur un cheval mécanique pour sortir du lot. Moi, je n’ai jamais fait de cheval mécanique et je pense que si l’on me mettait dessus, je n’y arriverais pas. J’ai beaucoup appris le matin dans les différentes écuries où j’ai travaillé. Et monter tous les jours en course permet d’acquérir de précieux automatismes…

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