mercredi 19 juin 2024
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Nicolas Gauffenic : « J’aimerais pouvoir gagner mon premier Gr1 »

Nicolas Gauffenic : « J’aimerais pouvoir gagner mon premier Gr1 »

Depuis son premier Groupe décroché avec Wildriver dans le Prix de Pépinvast (Gr3) 2018, Nicolas Gauffenic brille régulièrement au plus haut niveau. Berjou, Roi Mage, Irja Has, Henri le Farceur et Incollable lui ont aussi permis de gagner des Groupes. Et dimanche, il a enlevé le Grand Prix de Pau (Gr3) avec In Love (K) (Great Pretender) alors qu’il dispute son premier meeting en Béarn…

Par Christopher Galmiche

cg@jourdegalop.com

Jour de Galop. – Vous avez gagné votre premier Grand Prix de Pau (Gr3) avec In Love et vos statistiques paloises sont excellentes. Est-ce la première fois que vous faites le meeting béarnais ?

Nicolas Gauffenic. – C’est effectivement la première fois que je participe au meeting de Pau. C’est dû à mon passage en jockey free-lance en début d’année dernière. J’ai commencé à travailler avec Anne-Sophie Pacault, qui faisait le meeting de Pau, puis j’ai changé d’agent. Je collabore avec une nouvelle équipe [Giovanni Laplace, ndlr], qui travaille pour Daniele Mele et elle n’était pas contre l’idée que je vienne sauter les chevaux chez elle. Par la suite, elle m’a fait confiance pour monter des chevaux “sympas” durant le meeting.

Vous vous êtes rapidement adapté aux courses paloises. Mais est-il vraiment nécessaire de s’adapter à l’hippodrome de Pau ?

Les physionomies de courses à Pau se rapprochent de celles de Paris. On peut monter des courses d’attente facilement. À Cagnes, en revanche, il faut vraiment s’adapter et c’est assez difficile de faire des allers-retours et d’être performant. Il faut être basé là-bas, monter toutes les réunions, pour être dans le coup. À Pau, si l’on monte régulièrement, c’est facile de s’adapter.

Vous avez obtenu votre victoire dans le Grand Prix pour Hugo Merienne, vous êtes souvent associé aux pensionnaires de Noel George et d’Amanda Zetterholm, deux écuries jeunes qui montent en puissance…

Il y a aussi une belle entente avec Giovanni [Laplace, ndlr]. Je sais que j’ai connu beaucoup d’arrêts et de fractures, notamment en début de carrière, et je ne peux pas encaisser beaucoup, beaucoup de chutes. Je privilégie la qualité à la quantité et la qualité augmente car on me fait plus confiance. C’est un effet boule de neige. Noel George, Amanda Zetterholm et Hugo Merienne m’appellent et ils me permettent de monter de bons chevaux. Ce sont des écuries jeunes, qui grandissent. Ils ont de bons chevaux et de bons propriétaires. Ce sont un peu les mêmes jockeys qui montent pour Noel et Amanda et Hugo et nous nous entendons bien. Nous allons tous dans le bon sens pour l’écurie. J’ai aussi monté pour Nicolas de Lageneste qui m’a associé à de bons chevaux et m’a donné de la confiance.

Précédemment, vous avez connu une belle association avec David Windrif ponctuée de succès de Groupe avec Berjou et de Listed avec Le Mans. Durant le meeting de Cagnes, il avait même déclaré sur Equidia que Berjou ne serait pas Berjou sans votre travail. C’est une belle reconnaissance !

Auparavant, je travaillais principalement pour David Windrif et à côté, je collaborais aussi avec Marcel Rolland. Mais je n’avais pas un panel d’entraîneurs énorme. Je montais moins, mais nous avions une belle réussite. Avec David Windrif, nous avons travaillé ensemble pendant six ans. Il a été le premier entraîneur à me faire monter régulièrement des Quintés, à me faire gagner à ce niveau, puis à me faire confiance dans les Groupes et les Listeds. Il me semble qu’au bout de seulement un an et demi chez lui, j’ai monté au niveau Gr1 avec une belle chance. J’ai monté notamment Berjou et Le Mans pour David Windrif. Ils ont lancé ma carrière ! Ce qui est très important pour un jockey, en plat comme en obstacle, c’est d’avoir des professionnels qui vous font confiance pour de belles courses et permettent d’assurer la transition de la décharge à jockey professionnel. Dans mon cas, cette transition s’est très bien passée. On ne m’appelait pas parce que j’avais la décharge, mais parce qu’on aimait ma monte avec ses qualités et ses défauts. On m’a vu comme un jockey et cela a aidé. Lorsque j’ai perdu ma décharge, j’ai monté pour l’écurie Sagara pour laquelle j’ai gagné au niveau Listed. Puis j’ai monté mon premier Grand Steeple avec Roi Mage avec lequel j’avais gagné au niveau Groupe. Évidemment, avec David Windrif, nous avons conservé des liens solides, bien que je sois passé free lance. À l’époque, je sortais d’un mauvais meeting de Cagnes où je n’avais eu qu’un seul gagnant. Je perdais un peu la confiance de mon entraîneur. Mais David Windrif n’a pas hésité à m’appeler en me disant qu’il aimait bien ma façon de monter. Je me suis dirigé chez lui. Au début, je montais moins car il avait d’autres jockeys comme Anthony [Lecordier, ndlr] qui était son premier pilote. Mais quand nous avons commencé à travailler ensemble, nous avions un peu la même vision des choses. J’apprécie de construire un cheval en pensant à l’avenir. Entre David et moi, ç’a tout de suite bien “matché” !

Plusieurs jeunes entraîneurs d’obstacle ont investi Chantilly ces dernières années et nous avons l’impression que l’obstacle n’est plus uniquement centré sur Royan…

Pendant quelque temps, le monopole était à Royan. Mais lors des dix dernières années, de nombreux entraîneurs sont arrivés à Paris. Tant mieux ! J’ai monté en plat, en étant plutôt orienté sur les secondes réunions, et je passais ma vie dans le train et les avions. À l’époque, cela ne me dérangeait pas car j’avais entre 16 et 18 ans et je n’avais pas de vie de famille. À l’heure actuelle, j’ai construit cette vie de famille et je ne veux pas que ma vie professionnelle empiète dessus. À Chantilly, nous sommes très bien, avec tout à proximité. Mais bien sûr, j’augmente mes déplacements pour aller chez les entraîneurs, tout en arrivant à avoir une vie de famille saine et équilibrée.

Votre actualité, ce n’est pas seulement Pau, mais aussi Cheltenham où vous avez monté pour la première fois Champagne Mystery, le 27 janvier 2024…

J’ai monté régulièrement Champagne Mystery en 2023. James [Reveley, son précédent jockey, ndlr] avait gagné avec lui, mais il avait été en arrêt en début d’année. Nous nous sommes très bien entendus avec Champagne Mystery. Bien que je n’aie pas gagné avec lui, il a très bien performé à Paris. Cet hiver, son entourage avait pour objectif de recourir en Angleterre plutôt que d’aller en meeting. Ses propriétaires étaient contents de moi et ils étaient enthousiastes pour que je le monte à Cheltenham. C’était superbe de monter là-bas ! C’est incroyable d’avoir 45.000 personnes sur l’hippodrome. Lorsque le départ est donné, on entend la foule, idem lorsque l’on passe devant les tribunes. Et puis la convivialité aux courses est top ! C’est une autre culture. Lorsque l’on s’y est rendu une fois, on a envie d’y retourner !

Comment vous êtes-vous passionné pour les chevaux ?

Mon père aime la chasse et chassait avec un ami éleveur de chevaux de course. Nous allions parfois manger chez lui. Forcément, il y a des prés à côté, des poulinières, des poulains… J’avais commencé à monter le vieux cheval qui était là-bas et servait pour le sevrage. Il était réformé des courses. J’ai dit à mon père en descendant : “Je veux être jockey !” Mais j’avais essayé plusieurs sports auparavant qui me plaisaient plus ou moins. Malgré tout, j’étais assez demandeur de monter à cheval. J’ai donc commencé à monter à Saint-Brieuc Équitation jusqu’à ce que j’aie l’âge de rentrer au Moulin à Vent. J’ai monté en saut d’obstacle, aux championnats de France, au mondial des clubs… J’ai eu une vraie base d’équitation et je pense que c’est très important, d’autant plus lorsque l’on est jockey d’obstacle. C’est quelque chose qui a été assez complémentaire.

Comment et où s’est passé votre apprentissage ?

J’ai été apprenti chez Jean-Paul Delaporte qui avait des chevaux de plat et d’obstacle. J’ai monté en course école à Longchamp, à Chantilly et Maisons-Laffitte, où j’avais monté le premier partant sous ses couleurs de Mickaël Seror. Cela m’arrivait souvent de rester chez ce dernier pour monter à cheval pendant les vacances ou les week-ends. Mon passage en obstacle s’est fait progressivement. Jean-Paul Delaporte, qui commençait à réduire son effectif, m’a dirigé chez Cédric Boutin pour lequel j’ai travaillé pendant cinq ans. Tous les ans, nous mettions quelques chevaux à l’obstacle avec Ronald Caget qui était l’un des premiers garçons. J’ai commencé à monter en obstacle tout en poursuivant le plat, en étant chez Cédric Boutin [Nicolas avait débuté D’Vina (K) à Enghien, ndlr]. Puis j’ai eu un accident en obstacle à Clairefontaine. J’ai passé 18 mois en arrêt et après cela, je suis parti en obstacle car j’ai pris du poids et de la masse. Mais j’avais toujours été plus intéressé par l’obstacle que par le plat. Cela apporte beaucoup d’avoir une expérience en plat en obstacle, notamment d’un point de vue tactique. Être fin et discret et savoir faire respirer ses chevaux, c’est important, et sur ces points, le plat apporte des choses bénéfiques. J’ai eu aussi la chance d’avoir quelqu’un comme François-Marie Borel, qui m’a appris à monter à cheval. Il détestait l'”équitation gestuelle” et il m’a toujours dit que l’équitation était quelque chose de fin. On ne doit pas pouvoir se rendre compte qu’il y a eu une action de main ou de jambe à tel ou tel endroit. J’ai toujours gardé ce côté.

Quels sont vos objectifs pour 2024 ?

Nous avons réalisé une superbe année 2023. Ce serait top de reproduire la même chose en 2024. Nous avons quand même gagné un Groupe l’an dernier, de bonnes courses. L’idée est d’être toujours aussi performant, de satisfaire les professionnels et de rester soi-même. J’aimerais pouvoir gagner mon premier Gr1. Cela me manque et j’aimerais atteindre cet objectif. Ce n’est pas facile, d’autant plus qu’il n’y en a pas beaucoup. Et, comme ils ont tous lieu au même endroit, il faut avoir des chevaux aptes à faire l’hippodrome… L’an dernier, j’ai monté deux chevaux qui auraient pu m’apporter cela, mais ils ont connu des soucis de santé.

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