jeudi 20 juin 2024
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Marcel Rolland :  « Je vis une deuxième jeunesse »

Marcel Rolland :  « Je vis une deuxième jeunesse »

Par Christopher Galmiche

cg@jourdegalop.com

Jour de Galop. – Vous avez gagné les Prix Rush et Auricula respectivement avec Nietzsche Has (K) (Zarak) et Sobriquette (K) (Goliath du Berlais), dimanche à Auteuil. Le tout avec seulement une quinzaine de 3ans à l’entraînement, ce qui est une vraie performance. Comment jugez-vous ce doublé ?

Marcel Rolland. – L’absence d’écuries avec des effectifs très importants, dans ces courses, est assez choquante. Si on a une cinquantaine de 3ans, avec de vrais pedigrees d’obstacle, entraînés et faits pour cela, c’est surprenant qu’il n’y en ait pas dans ces courses. Je ne comprends pas ! De mon côté, je constate que pour gagner le Rush et l’Auricula, les chevaux doivent arriver assez tôt dans les écuries. Nietzsche Has a été acheté en juillet à Deauville, il a travaillé ensuite, mais hormis ce cas, les poulains, nous les recevons avant l’été de leurs 2ans. Pour pouvoir courir les Prix Rush et Auricula, les chevaux ne doivent pas arriver en novembre à l’écurie ! Il faut accepter de faire l’effort que les jeunes soient mis au travail au milieu de leur année de 2ans. Si l’on prend l’exemple de Jigme (K) (Motivator), il a passé toute son année de 2ans chez Alessandro Botti. Il a emmagasiné du travail. Pour la même casaque, Sobriquette est arrivée avant l’été à 2ans. Il faut que les chevaux aient une base derrière eux pour pouvoir bien appréhender ce qu’on leur demande.

Cela ne vous empêche pas de travailler avec des pré-entraîneurs ?

J’aime autant que mes futurs pensionnaires aillent chez des pré-entraîneurs pour faire leurs premiers travaux. Mais le pré-entraînement doit rester du pré-entraînement. Il y a aussi des différences énormes entre les pré-entraînements existants.

Si l’on revient sur Nietzsche Has et Sobriquette, dont on avait entendu parler jusqu’à Cheltenham, quelles vont être leurs prochaines courses ?

Effectivement, nous avions commencé à parler de ces chevaux à Cheltenham, où j’aime me rendre car les bonnes courses d’obstacle et les bons chevaux d’obstacle m’intéressent. Nietzsche Has va courir le Prix Go Ahead (L, 27/04) et Sobriquette participera au Prix Girofla (L, 27/04). Il ne faut pas chercher un parcours tordu. Ils ont trois courses à courir au printemps. Après leurs débuts, ils ont les Listeds du 27 avril, puis les Prix Aguado et Sagan (Grs3), le week-end du Grand Steeple. Ensuite, on passera à l’automne. Il faudrait regarder les statistiques du Prix Cambacérès (Gr1), mais il est très difficile de gagner les bonnes courses de 3ans à l’automne, sans avoir couru au printemps. 

Avec une quinzaine de 3ans à l’entraînement, comment les travaillez-vous ?

On ne les travaille pas différemment que lorsque l’on en a plus ! On voit les possibilités de chaque élément. Mais il faut que le physique suive et que les chevaux supportent l’entraînement car ils sont encore des bébés. Il faut en tenir compte. On fait un vrai travail de fond et après, cela vient au fur et à mesure du calendrier et du cheval. Il faut aussi parfois lever le pied car tous les 3ans ne sont pas aptes à débuter à cette période. Dans l’ensemble, les jeunes qui ont travaillé à 2ans devraient être aptes, en majorité, à débuter au printemps. C’est plus compliqué pour un 3ans qui fait 1,70m, mais sinon…

Vous avez reçu les chevaux de nouvelles casaques ces derniers temps. Est-ce un “effet Jigme” ?

Pas vraiment. Cette année, j’ai plus de chevaux qu’en 2023 à la même époque où j’avais 35 chevaux. Actuellement, je tourne autour d’une cinquantaine. Je me dit que, peut-être, il y a eu un “effet Jigme”. Je ne connaissais pas, par exemple, Edward John James, le propriétaire de Nietzsche Has, qui m’a appelé durant l’été. Peut-être que les résultats de Jigme l’ont convaincu. Mais je me pose la question. Y a-t-il eu un “effet Jigme” ? Il n’a pu apporter qu’un plus, c’est sûr ! Mais pour être franc, je m’attendais à autre chose. 

Sentez-vous que votre carrière prend un nouveau départ ?

Avoir des jeunes chevaux, c’est l’espoir. Avoir Nietzsche Has et Sobriquette, qui gagnent, ce sont des espoirs pour l’année qui vient. Les palmarès des Prix Rush et Auricula ont souvent donné de bons chevaux. C’est palpitant ! On vit des bonnes courses ! On peut se dire que ça devrait apporter quelque chose, mais c’est un point d’interrogation. Ce sont les circonstances qui ont fait que j’ai eu plus ou moins de chevaux, tout en continuant avec la même équipe. Mais dans l’ensemble, cela s’est plutôt bien passé. Et ma deuxième jeunesse fait que cela va encore durer un moment ! (rires)

Dans votre pool de propriétaires historiques, il y a la famille Bryant, qui vous a mis des femelles en location appartenant à l’élevage Besnouin. Comment a commencé votre association ?

C’est grâce à David Powell que l’association s’est faite avec la famille Bryant. Elle doit dater de vingt ans. Depuis la disparition de Magalen Bryant, sa famille a continué. Elle a eu de bonnes femelles, en location, de Marie-Laure Besnouin, et ç’a permis à cette dernière de bien valoriser ses lignées. 

Parmi vos propriétaires plus récents, figurent le haras de l’Hôtellerie et ses clients. Comment a débuté votre histoire ?

C’est lié à Jigme sur lequel le haras de l’Hôtellerie était associé, même s’il portait les couleurs de Phoenix Eventing [Stéphanie Hoffmann, ndlr]. Le haras de l’Hôtellerie a de nombreux clients intéressés par l’obstacle et qui font de bons investissements. La communication est bien passée entre eux et moi. Avec Stéphanie Hoffmann, notre histoire a débuté avec Irja Has (Dream Well), que Frédéric Sauque avait achetée et qu’il a fait mettre chez moi. Elle avait été acquise pour faire une poulinière et nous avons gagné le Prix Montgomery (Gr3) avec elle. À cette époque, Stéphanie Hoffmann n’avait pas de chevaux en France. Ils étaient tous en Angleterre. Puis elle a décidé de nous mettre des chevaux. 

Vous évoquiez l’Angleterre. Plusieurs propriétaires anglais commencent à se tourner, de manière minoritaire, vers nos courses d’obstacle… 

J’étais à Cheltenham la semaine passée et c’est vrai que les allocations anglaises n’ont rien à voir avec les nôtres. C’est un peu terre à terre peut-être de dire cela, mais ce qu’il faut mettre en valeur en France à destination de l’étranger, ce sont les allocations distribuées chez nous en obstacle. Cela devrait faire partie de la promotion de la discipline. Je pense que si les propriétaires anglais recevaient les programmes, ils seraient peut-être plus tentés de venir courir chez nous et de mettre des chevaux à l’entraînement en France.

On quitte l’aspect “propriétaire” pour aller sur celui des jockeys. Vous avez souvent eu un premier jockey fidèle, que ce soit Philippe Chevalier, Alexis Acker et maintenant Ludovic Philipperon. Est-ce fondamental d’avoir ses jockeys le matin et l’après-midi ?

C’est un maillon de la chaîne. C’est extrêmement important d’avoir un jockey fidèle qui peut monter les chevaux. Tout ne se passe pas toujours comme on le souhaiterait, mais le jockey sait qu’il remontera le cheval ensuite. Alors que si l’on change de jockey à chaque fois… C’est très compliqué en obstacle de faire du coup par coup. C’est extrêmement important que le jockey connaisse le cheval et qu’il ait confiance en lui. C’est indispensable. Les courses, on les gagne le matin !

On sent un vrai engouement désormais pour le fait de placer des chevaux d’obstacle à Chantilly : croyez-vous à l’effet de mode ou de cycle ? Quels sont les atouts du centre par rapport à ceux de province ? 

Il y a vingt ans, il y avait une vraie différence de prix de pension entre la région parisienne et le reste de la France. Je pense que cela s’est lissé et qu’il n’y a plus de vraies différences de prix. Concernant le cheval, c’est mieux de passer 45 minutes pour aller aux courses que cinq heures, d’autant plus lorsqu’il fait très chaud. Il y a aussi les frais de déplacement qui entrent en jeu. Sur la facture, il n’y a pratiquement plus de différences et c’est ce qui explique sans doute que les propriétaires reviennent vers la région parisienne. De plus, il y a un certain nombre de jeunes, compétents, qui se sont installés à Chantilly. À Maisons-Laffitte, ils sont aussi très bien équipés. Si je reprends l’exemple de la préparation des Prix Rush et Auricula, il faut pouvoir travailler durant l’hiver. Les années précédentes, nous n’avons pas eu d’hiver. Cette année, nous n’avons pas été arrêtés durant l’hiver, ce qui permet de faire un vrai travail de fond. Les hivers étant de moins en moins rigoureux, les chevaux peuvent être prêts plus tôt dans l’année. À Chantilly, nous avons des pistes magnifiques et magnifiquement entretenues. Lorsque je marche dessus, je réalise la chance que j’ai d’être là. C’est un atout d’être à Chantilly pour moi.

Que pensez-vous de la rénovation d’Auteuil, et pas seulement des ascenseurs ?!

Les ascenseurs ? Il faut les changer (rires) ! [Marcel Rolland avait malheureusement été bloqué dans l’ascenseur lors de la victoire de Mandarino dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) 1999, ndlr]. Pour nous, professionnels, la chose la plus importante à Auteuil, c’est la piste. Elle a été plus drainée qu’elle ne l’était, mais avec tout ce qu’elle doit subir, nous avons une belle piste. Concernant la rénovation des tribunes à Auteuil, je ne pense pas que ce soit l’élément qui va apporter plus de public. Il faut trouver autre chose pour attirer plus de public. Je n’arrive pas à comprendre que nous n’ayons pas plus de spectateurs alors que le métro arrive au pied de l’hippodrome. Qu’un poumon vert en plein Paris n’arrive pas à attirer plus de monde, je ne comprends pas… J’espère que nous ne mettrons pas tout l’argent dans les tribunes d’Auteuil ! Ce n’est pas cela qui attirera un nouveau public. 

On voit beaucoup d’entraîneurs d’obstacle avoir pas mal de participations dans des chevaux, et jouer aussi le rôle de courtier pour financer leur entreprise. Que pensez-vous de cette évolution du métier ?

Je ne m’associe pas souvent sur les chevaux. C’est un autre métier. Les participations ont souvent un rôle économique. L’entraîneur s’investit pour essayer d’avoir plus de chevaux. Mais ça peut être très dangereux car si tout ne se déroule pas comme prévu, l’entraîneur peut se trouver en difficulté financière. Si vous employez du personnel, il faut des entrées financières importantes pour payer les employés. Il ne faut pas que la rentabilité de l’entreprise soit liée aux associations. En prenant des parts, vous remplacez en quelque sorte le propriétaire et on sait que le propriétaire est déficitaire. Vous prenez donc des risques en vous associant. Mais il n’y a pas non plus que des désavantages. C’est le choix de chacun ! Je pense que c’est la conjoncture économique qui veut cela. Nous traversons une période économique compliquée, mais ça ne concerne pas que les chevaux et les courses. Auparavant, un industriel pouvait avoir trois chevaux. Dorénavant, il en aura un seul. En France, il y a de moins en moins de gens qui ont les moyens d’avoir un cheval de course. Peut-être aussi que, psychologiquement, il ne souhaite pas avoir des chevaux car nous n’avons pas une très bonne image. Souvent, les personnes ont une image négative de notre sport par méconnaissance. Car lorsqu’elles arrivent dans les courses, elles sont souvent assez surprises du côté sportif et du mal que l’on se donne avec les chevaux.

Pour finir sur une note plus sportive, Colbert du Berlais (Poliglote) est engagé dimanche à Auteuil dans le Prix Hubert de Navailles. Il n’a plus couru depuis sa deuxième place dans le Prix de Besançon (L) 2022. Comment va-t-il ?

Il va faire sa rentrée dimanche car cela paraît être un bon engagement pour une rentrée. Il avait eu une tendinite. Il a du travail, mais il est encore un peu rond. Je préfère lui faire effectuer sa rentrée là, du fait de la souplesse des pistes en ce moment et compte tenu de la tendinite dont il a souffert.

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