mercredi 28 février 2024
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L. et M. Marinopoulos : « Nos croisements : conformation, expression et distances »

Leonidas et Marina Marinopoulos : « Nos croisements se font avant tout sur la conformation, l’expression et les distances »

En 2023, le haras du Lieu Marmion a connu une grande saison sportive avecShady Lady (2 du Prix Miesque, Gr3), Elounda Queen (Prix de Lieurey, Gr3), Papilio (Appalachian Stakes, Gr2), Ottoman Fleet (placé des Jebel Hatta Stakes & des Manhattan Stakes, Grs1), Greenland (Prix Greffulhe, Gr3)… liste non exhaustive ! Leonidas et Marina Marinopoulos nous ont ouvert leur carnet de notes pour dévoiler une partie de leur plan de croisements 2024.

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Des deux côtés de la Manche, le palmarès de la famille Marinopoulos est en tout point remarquable. Que ce soit en tant qu’éleveurs ou en tant que propriétaires. Désormais, leur élevage se confronte à la loi du marché. Leonidas et Marina Marinopoulos expliquent : « Par le passé nous étions des éleveurs propriétaires. Sans ambition commerciale donc, mais avec l’objectif de produire de vrais chevaux de course. Quand on devient éleveur commercial, l’exercice est encore plus difficile. Car il faut continuer à « sortir » des gagnants, sinon l’élevage meurt, tout en produisant des sujets qui plaisent au marché. L’équation est réellement complexe. Nous essayons donc d’être présents sur différentes strates du marché, en ayant des participations pour les animaux haut de gamme. Parfois, nous aimons certains étalons, mais leur production est difficile à vendre. Avant, nous pouvions les utiliser car nous élevions pour courir. Mais ce n’est plus possible dans un contexte commercial. »

S’associer pour répartir les risques

« Nous avons gardé cinq poulinières en association avec Nick et Catherine Kairis dans le but d’élever pour courir. Mais le reste de notre jumenterie a une vocation commerciale. Au total, nous sommes impliqués dans une quarantaine de poulinières. Dont 15 nous appartiennent en totalité. Les autres sont en association, une formule que nous apprécions beaucoup et que nous pratiquons avec des personnes qui sont des amis. En matière d’élevage, il est préférable d’avoir « 40 cartouches » plutôt que 20. Mais par contre, au-delà de ce chiffre, on atteint une échelle qui génère d’autres contraintes. Un éleveur pense à son élevage toute la journée. Il réfléchit à ses croisements en permanence et ne cesse de changer d’avis. Cette logique évolutive est difficile à appliquer à de très grands effectifs. Dans ce métier, il faut savoir rapidement tourner la page quand les choses vont mal. Le plus vite est le mieux. Et il faut savoir rester très calme quand les choses vont bien. Car la roue tourne vite… »

Les 15 poulinières en pleine propriété permettent d’assurer la pérennité des souches maison, comme celle d’Akhla (Balius, Delfos et plus récemment Papilio), d’Akrivi (Shady Lady, Elounda Queen, Mqse de Maintenon…), du pilier de l’élevage Stilvi (d’où Greenland pour ne citer que l’exemple le plus récent), de Light Quest (Vin de Garde, Sol Oriens…), de Pearl Earrine (Topaze Blanche…) et de Loxandra (Keltos, Ottoman Fleet…).

Les Marinopoulos ont de longue date été associés sur des juments avec la regrettée Lady O’Reilly (une cousine de Marina Marinopoulos), mais aussi avec l’écurie des Monceaux, la famille Cumani et la famille de Chambure. Plus récemment, c’est aussi le cas avec La Motteraye et Coolmore : « Nous avons parfois des idées différentes avec nos associés. Mais en général, on tombe d’accord sur les croisements en 10 ou 15 minutes. » Les associations permettent d’essayer de viser le haut de gamme du marché commercial tout en ayant une prise de risque soutenable. C’est dans ce contexte que les Marinopoulos utilisent Night of Thunder (Dubawi), St Mark’s Basilica (Siyouni), Too Darn Hot (Dubawi)… 

Ainsi, les produits d’Innevera (Motivator) sont élevés en association avec Fittocks Stud (c’est-à-dire les Cumani) et Newsells Park Stud. Après avoir donné une belle Zarak (Dubawi), la jument est pleine de Frankel (Galileo). En 2024, elle va à Sea the Stars (Cape Cross) pour produire le propre frère (ou la propre sœur) d’Ottoman Fleet (Sea the Stars), double gagnant de Groupe, placé des Jebel Hatta Stakes et des Manhattan Stakes (Grs1) : « Le fait d’être en association nous permet d’avoir plusieurs produits de Frankel ces dernières années. Nous essayons de ne pas avoir une participation supérieure à 50.000 € dans un yearling. »

La chasse au trésor

Plusieurs juments importantes du haras sont parties à la retraite – dont plusieurs sous le soleil de Grèce ! – et les Marinopoulos investissent donc dans une jumenterie plus jeune : « C’est la chasse au trésor chez Tattersalls et Arqana ! Nous essayons d’acheter à des prix raisonnables. Le but est d’essayer d’amortir la jument avec ses deux premiers produits. Nous essayons d’être patients et de choisir des familles vivantes, avec plusieurs juments qui produisent bien dans les apparentés. » Au sujet des croisements, ils précisent : « Les affinités – avec le logiciel Enicks – ne sont pas le premier choix au moment de choisir l’étalon. Cela vient en quelque sorte valider notre choix de croisement, qui se fait avant tout sur la conformation, l’expression et les distances. Nous essayons de ne pas croiser les extrêmes : l’école Abdullah, c’est de rajouter très progressivement de la vitesse ou de la tenue. Ou de croiser deux chevaux du même type. »

Un terme plein de charme revient souvent dans la bouche nos éleveurs : l’expression. Ils détaillent : « Les chevaux de Gr1 ont souvent une expression à part. Ils ont un petit plus. Parfois, c’est visible lorsqu’ils sont yearlings. Parfois non. Mais dans tous les cas, l’expression est à nos yeux très importante chez un étalon. Tout comme sa locomotion. Nous tenons vraiment compte de la mère de l’étalon et de celle de la poulinière aussi. Mais aussi de la grand-mère maternelle. Malheureusement, vu notre âge, nous connaissons parfois quatre générations dans une famille ! Nous n’avons pas peur de faire saillir une pouliche qui n’a pas couru. Par contre, nous évitons d’utiliser celles qui étaient « nulles » en piste. Si on a deux millions pour acheter une jument, on peut choisir celles qui ont toutes les qualités recherchées. Avec un budget plus réaliste, il faut faire des concessions. Et puis c’est très gratifiant de dénicher la perle. Notre ADN, c’est la chasse au trésor. »

Faire des concessions

Même si ce n’est pas nécessairement un choix délibéré, les Marinopoulos ont souvent donné leur chance à des juments issues d’étalons peu connus ou peu cotés, comme Kavafi (Zafonic), Tobougg (Barathea), Canford Cliffs (Tagula), Rajsaman (Linamix)… avec une certaine réussite : « Il n’y a pas de dogme. Nous avions élevé Kavafi, un fils de la très bonne poulinière Loxandra. Il a laissé 29 produits en France avant de partir en Grèce. Nous avons gardé sa fille Kleo car elle était la rencontre de deux de nos familles les plus chères. C’est-à-dire Loxandra par le père et Stilvi par la mère. Luca Cumani était en Grèce et lorsqu’il a vu Kleo, il s’est dit qu’elle pouvait faire une 2ans. Nous lui avons envoyé la pouliche à l’entraînement. Elle n’a pas couru à 2ans car elle a trop grandi ! À 4ans, elle s’est classée deuxième des Dahlia Stakes (Gr2) lors de la journée des Guinées. Elle a ensuite percuté une voiture et elle est devenue poulinière au haras du Lieu Marmion. Pleine de Romanised, elle ne sera pas saillie en 2024. » Dans leur chasse au trésor, les Marinopoulos privilégient donc souvent la souche et ils sont prêts à faire des concessions sur d’autres éléments du profil de la jument : « C’est une pondération. Il faut tenir compte de tout dans l’équation. On pourrait en parler toute la nuit si vous voulez ! »

Les jeunes étalons étrangers

Le haras du Lieu Marmion a historiquement eu la main heureuse avec les jeunes étalons. Voici une partie de leur sélection dans le parc anglo-irlandais cette année.

Little Big Bear (No Nay Never) impressionne par son modèle et sa locomotion. Il va saillir ​​​​​Tres Besitos (Le Havre) et Perfect Rose (Oasis Dream) : « Nous croyons beaucoup en ce grand cheval. » Modern Games (Dubawi) va saillir Divine Justice (Galileo). Echo Chamber (Postponed), acquise en décembre à Newmarket, va à Native Trail (Oasis Dream). Elle est pleine de Saxon Warrior (Deep Impact). Triple Time (Frankel) – « un cheval très bien né » – va saillir Gouville (Rajsaman). Acquise seulement 30.000 € (certainement à cause de son père) mais dont le premier yearling s’est vendu 105.000 €. Son premier partant, Cherlinde (Le Havre), a gagné en Australie sur 1.400m en débutant.

Paddington (Siyouni) va saillir Deft (Dubawi), dont les Marinopoulos possèdent un petit pourcentage en association avec les Monceaux : « Elle a une ravissante foal par Wootton Bassett. »

À le recherche de ce que les étrangers appellent les « good value stallions« , les Marinopoulos renouvellent leur confiance à un certain nombre d’étalons anglais et irlandais en 2024 (Cracksman, Study of Man, Gleneagles, Australia, Sioux Nation, Raven’s Pass, Camelot, Nathaniel, Harry Angel, Churchill, Calyx…).

Les étalons français

Le haras du Lieu Marmion profite pleinement de la belle offre de débutants en France cette année. No Faith (Le Havre), en association avec la famille de Chambure, va à Onesto (Frankel). Et Marina Marinopoulos détaille : « Onesto m’a bien plu lorsque je l’ai revu lors de la Route des étalons. C’est un beau cheval, très harmonieux. » Angel Bleu (Dark Angel), « un joli cheval, avec une bonne famille », sera l’étalon 2024 pour Kiara (Oasis Dream), une fille de Pearl Earrine. Mishriff (Make Believe) va saillir Exceed Loose (Showcasing) et Chrysale (High Chaparral). Pigota (Invincible Spirit) a été achetée seulement 20.000 Gns pleine par l’intermédiaire de Tina Rau. Son premier yearling (par Without Parole) est parti pour les États-Unis moyennant 160.000 €. En 2024, elle va rencontrer Vadeni (Churchill) : « Une histoire d’amour. Quelle expression ce Vadeni ! Il va bien convenir à cette grande jument assez commune. »

Les Marinopoulos vont continuer à utiliser en 2024 les jeunes étalons français ayant des premiers partants (Persian King, Hello Youmzain, Victor Ludorum, Wooded…) mais aussi des sires plus confirmés de notre parc (Muhaarar, Intello…).

Les croisements cités dans cet article

Jument Étalon 2024
Kiara Angel Bleu
Dalila Cracksman
Olvia Cracksman
Tres Besitos Little Big Bear
Perfect Rose Little Big Bear
Exceed Loose Mishriff
Chrysale Mishriff
Echo Chamber Native Trail
No Faith Onesto
Deft Paddington
Quara Persian King
Innevera Sea the Stars
Sky Bright Sioux Nation
Rainleaf Sioux Nation
Gouville Triple Time
Pigota Vadeni

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