samedi 13 juillet 2024
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Antoinette Tamagni-Bodmer : « Je fonctionne à l’instinct »

Antoinette Tamagni-Bodmer : « Je fonctionne à l’instinct »

Le haras de Saint Julien connaît une période de forme avec deux victoires black types en l’espace de quelques jours, sans oublier le premier succès plein de promesses de Society Man. Antoinette Tamagni-Bodmer s’est confiée sur la genèse de Crown Princesse, une pouliche qui vise le Saint-Alary (Gr1).

Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

Depuis cet hiver, un sujet agite le petit monde de l’élevage français : à 60 000 € en 2023, le jeune prodige Zarak (Dubawi) est-il trop cher ? Malheureusement ou heureusement – selon que l’on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein –, ce débat ne sera pas tranché entre Français. Et pour cause, Zarak est en train de prendre une dimension européenne. À ce niveau de prix, on ne peut plus faire illusion, il faut confirmer en permanence. Or, avec 8,54 % de black types par foals nommés, Zarak « envoie du rêve » hors de nos frontières. Pourtant, à y regarder de plus près, ses statistiques sont encore meilleures qu’il n’y paraît. Sa première génération comptait 71 foals mais, selon un rapide pointage des pedigrees, environ 10 % sont nés pour l’obstacle. Leur présence minore donc la réussite de leur père en plat sur le plan statistique. Si on enlève les sauteurs, l’étalon est donc plus proche des 10 % de black types par foals nommés. C’est beaucoup. Et cela se voit directement dans son taux de black types par partants en plat. Il est très élevé, à 17,7 %, soit encore mieux que son voisin de box Siyouni (16 %). Cela dit, pour devenir le nouveau Siyouni, la route est encore longue. Mais, pour l’instant, Zarak répond toujours présent. En 2023, il a déjà donné cinq black types, dont le très bon placé de Gr1 Zagrey, le lauréat de Groupe Haya Zark, mais aussi deux lauréates de préparatoires classiques, Village Voice en Irlande et Crown Princesse en France. 

La nouvelle princesse du haras de Saint Julien

Antoinette Tamagni-Bodmer est logiquement très heureuse de la forme des élèves de son (jeune) haras normand et en particulier de la victoire de Crown Princesse dans le Prix Cléopâtre (Gr3). Elle nous a confié : « Je ne suis pas une personne qui aime supplémenter. Mais je fais toujours confiance aux entraîneurs avec lesquels je travaille et c’est Fabrice Chappet dans le cas de Crown Princesse. Nous sommes presque « obligés » de supplémenter une telle pouliche dans le Prix Saint Alary (Gr1). Nous nous donnons cependant le temps de voir comment les choses évoluent au niveau du terrain et de la concurrence. Assurément, c’est une pouliche qui a un très bel automne devant elle. La qualité de Crown Princesse me ravit pour plusieurs raisons. C’est la réussite du travail de la très bonne équipe du haras. Sans eux, un éleveur comme moi n’est rien. Par ailleurs, mon mari, Patrick Chedeville, m’a toujours soutenue dans mes prises de décision et c’est très important à mes yeux. Je suis aussi très heureuse d’être associée sur cette pouliche avec mon amie de toujours, Regula Vannod. Elle me porte chance et nous étions déjà ensemble pour Watch Me (Olympic Glory) ! Nous partageons la même vision : garder les bonnes pouliches pour mettre sur pied un élevage compétitif. Le cas de Crown Princesse correspond ainsi à ma nouvelle politique d’élevage. Mes yearlings n’ayant parfois pas atteint un prix de vente à la hauteur des résultats qu’ils ont plus tard obtenus en piste, j’ai décidé de mettre les mâles sur le marché et de conserver les femelles. Dans mon haras privé, le nombre de juments est constant : j’essaye donc d’améliorer le niveau de la jumenterie en ne conservant que des femelles de qualité. Aujourd’hui, 80 % de mes poulinières sont issues de mon élevage. »

Une souche de cœur

« Tout a commencé avec Allwaki (Miswaki), la quatrième mère de Society Man (Cracksman) et la troisième de Crown Princesse. Ce fut le premier yearling que j’ai acquis en vente publique. C’était au début des années 1990. Je fonctionne à l’instinct et, au-delà de son pedigree, elle m’avait tapé dans l’œil. Allwaki montrait de la qualité le matin et Jean de Roualle l’aimait beaucoup. Mais un jour, elle s’est échappée, après avoir perdu son cavalier en route. Elle s’est accidentée et nous n’avons jamais pu la courir. Au haras, elle m’a donné Première Création (Green Tune), que Jean de Roualle a achetée yearling pour Jean-Louis Tepper. Deuxième du Prix Chloé (Gr3), elle s’est classée troisième des Del Mar Oaks (Gr1). Sa descendance a pris une ampleur remarquable et c’est aujourd’hui notamment la deuxième mère de la championne Sistercharlie (Myboycharlie) et de Sottsass (Siyouni), lauréat du Prix du Jockey Club (Gr1) et du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Leur réussite m’a vraiment fait plaisir car c’est en quelque sorte ma souche de cœur. J’ai conservé au haras Suvretta Queen (Polish Precedent), une fille d’Allwaki. Elle m’a donné deux black types, dont Lovemedo (Zafeen), une bonne pouliche. Placée de Listed sur le mile, deux fois lauréate sur 1.400m, je l’ai conservée au haras. C’est la mère de Crown Princesse. Autre fille de Suvretta Queen, Shabanou (Shamardal) n’a pas pu aller à l’entraînement. Très attachée à la famille, je l’ai gardée à l’élevage mais elle est malheureusement morte après son deuxième foal. C’est la deuxième mère de Society Man, un poulain que j’ai conservé pour lancer la mère. »

Le croisement de Crown Princesse

« Avec les étalons, je fonctionne à l’instinct. J’accorde, comme pour les pouliches, beaucoup d’importance à leur comportement et à leur manière de courir. Dans le cas de Society Man, la victoire de Cracksman à Longchamp m’avait énormément impressionnée. Je me suis dit : le jour où il ira au haras, je lui enverrai une jument. Concernant Zarak, bien sûr, j’aimais beaucoup son pedigree. Mais aussi son physique. Au point d’en acheter une part, ce que je fais très rarement car j’aime être libre dans mes croisements. » Crown Princesse présente dans son pedigree un inbreeding pas si courant que cela car, à trois générations, elle a du côté paternel Zamindar (Gone West) et du côté maternel son propre frère Zafonic (Gone West). Au sujet de cet inbreeding, l’éleveur poursuit : « ​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​Ce n’était pas nécessairement l’objectif du croisement, qui était avant tout basé sur la complémentarité des physiques et des aptitudes montrées en course. »​​​​​​​ Outre le fait qu’ils soient issus de la même famille, Crown Princesse et Society Man partagent le même père de mère : Zafeen (Zafonic). Ce gagnant des Mill Reef Stakes (Gr2) et des St James Palace Stakes (Gr1) a fait la monte au haras du Petit Tellier de Patrick Chedeville pendant cinq saisons seulement… avant de connaître des problèmes de fertilité : « ​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​Il a peu produit mais, dans sa première génération, il nous avait donné cinq black types, dont deux gagnants de Groupe sur le sprint, Son Cesio et This Time. Si j’avais déjà gagné un Groupe auparavant, la victoire de This Time dans le Prix d’Arenberg (Gr3) fut la première sous ma casaque… J’ai fait le choix de conserver plusieurs de ses filles au haras. »

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