mercredi 24 juillet 2024
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Avec Elusive Princess, Martinborough sort du bois

Avec Elusive Princess, Martinborough sort du bois

Spectaculaire deuxième du Prix Cléopâtre (Gr3), Elusive Princess devrait être supplémentée la semaine prochaine dans le Prix Saint-Alary (Gr1). Son père, Martinborough, présente une histoire qui sort des sentiers battus.

Par Adrien Cugnasse

ac@jourdegalop.com

​​​​​​Depuis des décennies, les Japonais investissent des sommes colossales dans des juments exceptionnelles. Aujourd’hui, personne n’est surpris de voir qu’à l’international, ils sont devenus quasiment imbattables en bon terrain au-delà de 2.000m. Désormais, la logique voudrait qu’ils exportent leur génétique à travers le monde. Mais les choses sont moins simples qu’il n’y paraît. Le marché étant localement très fort, les très bons prospects japonais sont quasiment impossibles à acheter pour le “commun des mortels”… et ils ne sont d’ailleurs pas à vendre. Reste donc deux solutions. D’une part le shuttle vers l’Australie où un cheval comme Maurice (Screen Hero) fonctionne très bien (il officie pour l’équivalent de 50.000 € à Arrowfield Stud). Mais pour le reste du monde, c’est plus compliqué. Il reste donc les chevaux qui ne font pas partie des meilleurs prospects. Cela fonctionne d’ailleurs parfois très bien. À l’image d’Agnes Gold (Sunday Silence) au Brésil qui a donné deux lauréats de Gr1 sur le gazon de Keeneland. Ou encore de Smart Robin (Deep Impact) qui fait partie du top cinq des étalons en Turquie… Mais là encore, ce n’est pas facile “d’exfiltrer” du Japon un cheval de niveau Groupe. Car un lauréat de Gr3 peut facilement y dépasser le million d’euros de gains s’il reste suffisament longtemps en course. 

La montée en puissance de Deep Impact et de ses fils

C’est un peu le Galileo (Sadler’s Wells) des japonais et ses fils font impression à l’international. Si l’on en croit les statistiques, et notamment le taux de black type par partant, Saxon Warrior (Deep Impact) est le meilleur étalon de sa génération outre-Manche. Pour le même entourage, Auguste Rodin (Deep Impact) est d’ailleurs le favori des 2.000 Guinées (Gr1). Quel que soit le résultat ce week-end en Angleterre, ce gagnant de Gr1 à 2ans a déjà une place réservée chez Coolmore. De l’autre côté des Alpes, Albert Dock (Deep Impact) est le meilleur jeune sire du parc italien. En France, deux de ses fils font la monte. Keiai Nautique (Deep Impact) a sailli ses premières juments à Karwin Farm cette année. Et puis il y a Martinborough (Deep Impact). Son histoire commence vers 2015 lorsque Guy Cherel et Jean-Philippe Dubois ont décidé de partir en quète d’un fils de Deep Impact, qui était déjà le meilleur étalon japonais à l’international. Jean-Pierre Dubois a importé le sang américain au trot… son fils a fait venir du sang japonais au galop ! Le courtier Laurent Benoît se souvient : « J’ai donc sollicité mes contacts au Japon et nous avons mis deux années à trouver le bon ! On nous en a proposé un certain nombre, mais c’est vraiment Martinborough qui a retenu notre attention, parmi ceux qui étaient dans les limites de notre budget. Bien entendu, les lauréats de Gr1 étaient hors de notre portée. Martinborough a un inbreeding sur Halo (Hail to Reason), un courant de sang de grande qualité, tout comme Nureyev (Northern Dancer) et Blushing Groom (Red God). C’est un cheval signé par son père, avec une très belle action et une réelle capacité à accélérer. Il a été performant sur 1.600m et 2.000m, ce qui était important pour nous trois. C’est un gagnant de Gr3, mais le niveau de la sélection est exceptionnel au Japon. L’étalon produit “beau et facile”. Et avec les juments adaptées à l’exercice, il réussit très bien en obstacle et a très peu “d’échecs” dans sa production. C’est certainement un étalon améliorateur car il n’a pas sailli de bonnes juments au départ. » Lors de l’achat Martinborough – sur vidéo ! – les futurs propriétaires ont sollicité Christophe Lemaire qui, bien que ne l’ayant pas monté en course, a attesté de la qualité du cheval. Il faut aussi savoir que le programme japonais a l’une des plus faibles proportions de courses de Groupe parmi les nations hippiques majeures. S’imposer à ce niveau y est donc particulièrement difficile. 

L’histoire de Martinborough

Né à Northern Farm, Martinborough vient d’une famille développée avec succès par Godolphin (celle de Rahy, Singspiel…) et sa sœur a donné trois chevaux de Gr1 (Vivlos, Cheval Grand, Verxina…). Il est né le 20 août 2009, selon le calendrier de l’hémisphère Sud. Cette date de naissance n’est pas le fruit du hasard : le cheval a été conçu pour partir aux antipodes. Mais, en raison de problèmes de quarantaine, son exportation a été retardée et l’entourage a finalement décidé de le garder au Japon. Ainsi, lorsqu’il a débuté au mois de mars de son année de 3ans… il s’est retrouvé face à des chevaux ayant au moins six mois de plus que lui. Une différence de maturité qui l’a handicapé en début de carrière. À 3ans, il s’est imposé sur 2.000m et a gagné trois handicaps sur cette distance l’année suivante. À 5ans, Martinborough a remporté deux Grs3 (toujours sur 2.000m). Dans le Chunichi Shimbun (Gr3), il battait notamment Lachesis (Deep Impact) et Lovely Day (King Kamehameha), deux très bons chevaux qui se sont d’ailleurs ensuite imposés dans des Grs1 relevés. Martinborough a par la suite couru (sans succès) le Tenno Sho Autonme (Gr1), une des toutes meilleures courses du pays… et il n’a plus été le même. Que s’est-il passé ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Le Japon, même à l’heure des nouvelles technologies, reste un pays où il n’est pas facile d’obtenir des informations ! Martinborough s’est donc retrouvé sur le marché à l’âge de 5ans avec deux Grs3 à son palmarès et l’équivallent d’1,2 million à son palmarès. 

Une production qui brille sur les deux tableaux

S’il n’a lui-même jamais couru dans le souple, ses produits semblent par contre à l’aise sur les pistes assouplies. Et ce n’est pas leur seule qualité comme nous l’a confié Jean-Philippe Dubois le 1er mai : « C’est un cheval vraiment d’aplomb et il produit à son image. Je n’ai pas forcément une jumenterie énorme, mais je l’ai soutenu du mieux que j’ai pu. Dès le départ, ses produits ont montré de la facilité, un bon mental. Ils marchent très bien. Des chevaux faciles à entraîner, pour le plat comme sur les obstacles. J’ai débuté sa fille Elusive Princess au mois de ses 2ans à Dieppe. Mais elle a vraiment commencé à sortir du lot en gagnant de cinq longueurs sa sortie suivante au Mans. Elle a ensuite très bien gagné à Longchamp et Saint-Cloud. La pouliche a très bien couru dans le Prix Cléopâtre (Gr3) et désormais elle devrait courir le Prix Saint-Alary (Gr1). Elusive Princess est très au-dessus de tous les chevaux que j’ai eus dans cette famille. » ​​​​​​Les statistiques de Martinborough en plat sont quasiment “injugeables” car il a majoritairement été utilisé pour produire en obstacle. Et lorsque les sauteurs de sa production se produisent en plat, ils font “bugger” les données. Néanmoins, il a déjà donné trois black types : Elusive Princess, l’élève de Christophe Jouandou Mika d’O (Grand Prix du Departement 06, L) et Central Park West (3e du Prix des Jouvenceaux et des Jouvencelles, L). 

La réussite sur les obstacles

Compte tenu de son pedigree et de ses performances dans un pays où il n’y a quasiment que du bon terrain, il n’était pas facile de voir en Martinborough un père de sauteur en puissance… même s’il n’y avait rien de rédhibitoire dans son profil ! Pourtant parmi les jeunes étalons d’obstacle européens (ceux entrés au haras après 2012), c’est le reproducteur français (vivant) avec le meilleur taux de gagnants par partant (50 %). On lui doit par exemple l’élève de Brigitte Ré-Scandella Le Garlaban (Prix Gaston Branere, L), Bella Scintilla (2e du Free Entry on Nye Mares Novice Hurdle, L) qui est malheureusement morte à l’entraînement chez Joseph O’Brien, Lion Kirikou (2e des Prix Vatelys et Roger de Minvielle, Ls), Diavolezza (2e du Prix Camille Duboscq, L), Inspace (2e du Prix Andre Massena, L)… Sans oublier Majborough (Martinborough), un élève d’Hubert Langot qui a gagné le Prix Grandak de quatre longueurs et demie et a été exporté dans la foulée. Ses produits ont été performants chez une large palette d’entraîneurs (Daniela Mele, David Windrif, François Nicolle,  Jean-Philippe Dubois, Mathieu Pitart…) Pour un étalon officiant à petit prix, ce sont des résultats difficiles à obtenir. André-Jean Belloir (haras de la Baie) a récupéré Martinborough cette année, après cinq saisons au haras du Grandcamp. L’éleveur de la Manche nous a confié mardi : « A 2.500 €, il est moins cher que beaucoup d’étalons dont on n’a pas encore vu les produits en piste. Cette année, je lui envoie une dizaine de juments personnelles. Il produit des chevaux faciles à dresser, bons marcheurs et bons sauteurs aussi. » Logiquement, des haras irlandais ont formulé des offres. Pour l’instant, l’entourage de Martinborough les a toutes refusées.

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